Pour la punaise
J’aimerais réhabiliter la punaise qu’on dit à tort nauséabonde. La punaise verte ne pue pas. La punaise est irréprochable de ce point de vue. Et si on l’écrase ? Me direz-vous, en voilà des manières ! Car vous-même, imaginez l’odeur si on vous écrase. Pourquoi écraserait-on cette pauvre punaise ? De quel mal est-elle coupable ? Dans les dictionnaires on la signale comme parasite de l’homme. Mais pendant combien de jours faut-il ne pas se laver pour tenter d’en attraper, combien de semaines, de mois ? J’en vois parfois près des fenêtres en été. J’admire leur robe, chaque fois délicate et différente, unique, une création de haute-couture. Jalousie des femmes, sans doute est-ce pour cela qu’on la destine au pilon : la punaise est trop belle, tuons-là !
Son vol lourd est déjà un vrai fiasco, une chute, pourquoi en rajouter ? Elle ne vole pas, elle tombe. Et dans un bruit délicieux, un ratage absolu, une vrille. Il faudrait en plus ponctuer son atterrissage d’un écrasement ? Pourquoi faire ? En rajouter dans le sordide ?
Quand on la prend dans la paume de la main, la punaise ne proteste pas. Elle remue ses antennes très jolies toujours assorties à la robe et toujours d’un autre ton. Parfois rayées. La punaise est à la fois chic et kitch. Elle a du chien. Cette petite me plaît. Je voudrais vraiment qu’on la regarde. Et qu’après l’avoir bien admirée, on la laisse repartir en lui ouvrant une fenêtre.