Le tu et le su dans les magazines féminins
J’ai encore essayé de lire des magazines féminins. J’ai cette faiblesse de croire que je finirai par y trouver un intérêt, une vérité, et toujours je suis déçue.
Le thème du vrai revient souvent dans les magazines féminins. Dans 20 ans, Oops, Cosmo, le faux est dénoncé rageusement : telle a des faux seins, des teintures, telle autre se colle des faux cils depuis ses 14 ans, et telle actrice a recruté à domicile pour être toujours dorée à point un as du pistolet à vaporiser du bronzage. Et dans les mêmes pages on nous enseigne à faire pareil. A nous oindre, nous bichonner, à mentir à nos hommes sur le prix de nos vêtements et la fréquence de nos rendez-vous chez le coiffeur.
Il faut être une vraie experte du faux. Dans 20 ans, une bécasse enquête auprès de quelques hommes pour en conclure, ulcérée, qu’ils ne voient ni les teintures ni les faux seins des autres femmes. Elle en conclut donc qu’il est indispensable de continuer à leur cacher nos petits stratagèmes. Le faux est mal chez les autres, mais chez soi, c’est un rattrapage salutaire.
Tout au long de ces pages une vieille morale traîne et cherche à se rendre moderne et novatrice sans jamais y arriver. Ainsi nous propose-t-on, dans « 15 lieux pour faire l’amour », d’essayer un parc d’attraction, la place principale d’une ville la nuit ou « au bureau ». C’est consternant de payer pour lire cela, et même doublement consternant. On nous croit d’abord incapable d’y avoir pensé avant, puis on nous donne des conseils qui pris au pied de la lettre peuvent être le début d’une longue honte… La pauvreté des idées s’explique mieux si l’on s’intéresse à l’identité des rédactrices : des dames incertaines qui courent après une modernité de pacotille et une vérité de bazar. Des dames sans imagination qui n’ont qu’une seule idée en tête, vous abreuver de conseils que vous n’avez jamais demandé, vous faire perdre du temps avec des tests qui ne vous apprennent jamais rien et vous inondez d’idées que vous aviez déjà il y a six mois. Et jamais, jamais ne sont abordés les vrais sujets comme pourquoi on doit vivre et surtout mourir et pourquoi tous les caleçons de bain des hommes ont à l’intérieur un délicat slip en tulle blanc.