Comparaison n'a pas raison
La comparaison ne s’est jamais aussi bien portée. C’est maintenant une science dure. Elle est utilisée en économie ou en contrôle de gestion, on en raffole dans les audits. C’est une science si facile, à la portée du premier imbécile venu. C’est comme à l’armée : on met tout le monde en rang et celui qui dépasse, on le montre du doigt, au mieux. Au pire, on le fusille. Notre président l’aime : il l’a dit mardi à Cahors. Notre niveau de dépenses publiques constitue une anomalie, nous ne sommes dépassés que par la Suède. Qu’importe que la Suède soit à la pointe dans le domaine social, elle constitue une anomalie, pire que nous.
On peut comparer nos amis, nos amours, nos enfants, nos collègues. Celui-ci arrive toujours en retard, celui-là a des trous à ses chaussettes, celui-ci fait la gueule et celle-là se coiffe avec un râteau. Ce sont des anomalies. Les anomalies peuvent être rectifiées mais c’est un travail au rasoir. Première étape, on demande des comptes. Comment se fait-il que vous ayez des trous à vos chaussettes alors que tous les autres non ? Deuxième étape, on constate : vous avez un problème de trous aux chaussettes. Troisième étape, on menace : vous changez de chaussettes ou on vous change. Quatrième étape : on vous éjecte. On vous avait prévenu. Inutile avec la comparaison de chercher à comprendre. Calibrage et lissage tiennent lieu de réflexion.
L’avantage est que tout est comparable. Le temps mis à manger, à s’habiller, à monter un escalier. Les personnes sont comparables, les morceaux d’elles-mêmes sont comparables, ainsi que leurs façons de faire. On peut constituer de jolis tableaux avec des colonnes et des lignes et mettre en gras les anomalies, pour leur faire honte. Il est inutile de connaître le sujet. La comparaison suffit. Comptez le nombre de stylos que vos collègues ont sur leur bureau. Celui qui en a moins que les autres -ou plus-, c’est une anomalie. L’anomalie se débusque partout. La saison vient de commencer. Quand j’étais petite j’adorais jouer au Mistigri. C’était une carte unique qu’on essayait de refiler aux autres parce que celui qui la gardait perdait à la fin. La traque aux Mistigris est ouverte.