Un tour place Pinel

Publié le par arille

Habituellement quand on sort, on part de chez soi et on va dehors. Mais il arrive que ce ne soit pas aussi simple.

 

Quand mon ami Yves part de chez lui pour aller place Pinel, il marche, gambade, court à moitié. Il part bien de chez lui, mais va-t-il vraiment dehors ? La place Pinel n’est-elle pas pour lui un autre dedans aussi familier, peut-être davantage, que ne l’est son bureau ou son lit ? Ainsi la rue qui mène de chez lui à la place n’est-elle pas un prolongement de son appartement, un couloir réservé à son usage personnel pour arriver à un espace propre, un salon de plein air ?

 

Arrivé à la place, il en repère déjà les infimes modifications, comme on le fait quand on retourne chez ses parents après en être parti. Cet amusement un peu jaloux à examiner ce qu’ils ont jeté, mis de côté, rajouté… J’imagine qu’il est dans cet état d’esprit.

 

Ces modifications de la place Pinel, je ne sais comment il les perçoit au fond. Comme de petites désolations, des joies légères, de bonnes surprises ? Non, il n’y a aucune tristesse dans l’examen de ces changements.  Et n’y aurait-il aucun changement que ce serait un changement de non changement, mais cela arrive rarement. Toujours le ciel différent, l’herbe verte différemment, la terre autrement, les tâches de soleil à travers les tilleuls sur le sable, les chiens incroyablement différents, même si ce sont les mêmes. Toujours la place pareille et différente.

 

Dans cette contemplation, cette considération si intense de la place, des allées, du kiosque, voir passer une dame avec un gros cabas pour lui est une surprise totale. Une dame ordinaire traverse la place, SA place Pinel ! C’est aussi incongru que si elle si elle déboulait avec son cabas dans le bureau de mon ami pour en faire le tour et en repartir d’un pas tranquille. C’est d’une audace insensée, une audace parfois redoublée par le passage d’une autre dame à cabas, les jours de grande chance (ou de marché).

 

Il quitte la place d’un pas plus lent. Jamais cependant il ne fait demi-tour comme on le fait souvent chez soi d’une pièce à l’autre quand on a oublié quelque chose. Il n’oublie rien de la place. 

Publicité

Publié dans ESPIONNER LES HOMMES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article