Ode à Sophie

Publié le par arille

J’ai vu Sophie aujourd’hui. Elle portait une tunique jaune ample et un petit pantalon bouffant. Elle avait l’air d’une indienne très menue. Mais elle trouvait qu’elle avait grossi, elle disait qu’elle avait pris trois kilos. Sophie ne va jamais à la plage ni à la piscine. Elle ne supporte pas de voir son corps. Elle reconnaît que ce n’est pas normal. Quand je lui demande si en observant ses amies, elle a vraiment quelque chose à envier aux autres filles, elle reconnaît que non.

 

Mais Sophie ne porte jamais de décolleté, jamais elle ne montre ses jambes. On ne voit d’elle que ses mains, son visage, ses chevilles. Entre tout ça, son corps est comme une petite carte à jouer, plate, et mobile. Sophie pratique l’autodérision. Si elle perd une dent de devant, elle joue à l’enfant qui attend sa petite souris. Sophie est toujours de bonne humeur, elle m’embrasse et aime me parler à voix basse de la bêtise des chefs et du sien en particulier. Avant qu’il ne parte en vacances il était venu au bureau du personnel demander qu’on recense les absences de Sophie. Pourquoi ? Pour lui sucrer sa prime misérable de fin d’année.

 

Sophie est belle mais elle ne le sait pas, elle ne le croit pas. Sophie est belle de ses sourires, de ses petits gestes d’attention. Sophie se rappelle du jour de mon anniversaire, de celui de ma fête. Sophie découpe des images dans les magazines et invente des paysages d’eau calme, de plantes, de cailloux et de hamacs. Sophie invente un monde beau et paisible. Il lui reste à découvrir la beauté et la paix en elle.

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Publié dans Femmes femmes femmes

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