Pourquoi je ne serai pas contrôleur de geskion
Une grande réforme des administrations est en marche ; Il s’agit de regrouper, de simplifier, d’économiser. Beaucoup de tâches sont en effet faites en double, y compris à l’intérieur de la même administration. On recrute donc des contrôleurs de gestion pour traquer les points noirs dans les indicateurs de performance. Un temps, j’ai pensé postuler. Mais j’ai peur que la réforme soit dévoyée. J’explique.
La réforme s’est focalisée, en guise d’économies, sur une réduction toujours plus grande des effectifs. Et à quel prix ! Car réduire les effectifs a un coût. En 2002, quand je suis entrée dans l’administration où je travaille, on recrutait quatre personnes par an. On en recrute à présent une seule pour le même concours. Quand l’administration ne recrute pas trois personnes, cela fait trois personnes au chômage qui le restent. Est-ce une économie ? Le chômage a un coût, ainsi que la précarité, en terme de dépenses de santé par exemple. On sait que des dépenses de santé différées conduisent à des dépenses plus élevées, sans compter les risques accrus liés à l’angoisse ou au sentiment de son inutilité.
L’administration et ses contrôleurs de geskion ont l’œil sur les indicateurs. Mais ces indicateurs sont-ils les bons à regarder ? Je ne suis pas optimiste sur cette question, c’est pourquoi je ne serai pas contrôleur de gestion.
Que l’administration fasse des économies est louable. Qu’elle se réjouisse de réduire ses recrutements est une ineptie. Ces non recrutements ont leur part de souffrances invisibles et vont coûter à la société bien plus que le salaire d’un fonctionnaire de base (environ 1 350 €). Ainsi, les yeux fixés sur ses indicateurs, l’administration nie délibérément les conséquences désastreuses de ses prétendues économies.
Par ses ignorances volontaires, l’administration se dessine en creux, dans l’ombre, un autoportrait en faucheuse au bouquet.