Ma journée sous pauses (sans) cigarettes
Aujourd’hui j’ai expérimenté les pauses cigarettes sans cigarette, afin de bénéficier, bien que je ne fume pas, des privilèges des fumeurs. Voici sans rien omettre ce qui s’y passe…
J’avais prévu pour partager la pause cigarette une tasse de café et un carré de chocolat, accessoires qui ne furent pas jugés très convaincants comme drogues. Tout d’abord je me suis rendue compte que les non fumeurs ont des préjugés sur le nombre de pauses cigarettes que font les fumeurs dans la journée. Je pensais qu’ils en faisaient au moins quatre, en réalité seulement deux, une le matin à 10h30 et une avant 16h. Cette impression est sans doute due au fait que les fumeurs se rassemblent, s’appellent, s’interpellent. Cela s’entend. La phrase magique étant : « On va s’en griller une petite ? »
Ensuite c’est tout un processus. Dans mon enthousiasme de novice, j’attendais avec mon carré de chocolat qui fondait dans mes doigts. Car il faut s’attendre à l’escalier. Il ne faut pas descendre n’importe comment, on descend groupé. On descend assez bruyamment de préférence. On peut ne pas s’esclaffer, des pas lourds peuvent convenir.
Ensuite c’est la conversation. Un peu de magie n’est pas à exclure. Les conversations des fumeurs sont à la fois mystiques et terre à terre. On alterne couleurs de papier peint et réincarnation. On discute de la nécessité de conserver son corps en bon état ou non. On pourrait penser que ceux qui croient à la réincarnation sont les plus enclins à préserver leur corps, mais c’est une feinte. En effet, si on se réincarne, on change de corps…Je fus moi-même sommée de faire attention à l’aspect esthétique de mon enveloppe corporelle à cause du chocolat.
La pause de l’après-midi est moins spirituelle. On y parle promotion sociale, motivation, on se persuade qu’on va manger le monde. On est bien content de soi. On se préoccupe moins de détails, l’année sera fantastique.
On est plus léger en remontant l’escalier. Le corps est vraiment détendu comme après une petite promenade dans le bois. Le corps est aussi plus souple. Si l’on compare le corps et sa tonicité pendant les pauses café qui se prennent dans un bureau et les pauses cigarettes qui se prennent dehors, c’est très différent. Le corps est rigide et figé pendant les pauses café, tandis qu’il est plus libre et fluide pendant la pause cigarette. C’est très net.
Comme je faisais part de mes considérations à Maud, elle me dit : « Voilà, tu vois maintenant comment je tiens le coup ». Bien entendu, ces pauses cigarettes sont considérées par les chefs comme des pauses interminables auxquelles se rendent les éléments les plus perdus. Une sorte de paresse liée à la pratique d’habitudes néfastes. Car les chefs ne fument pas, ils préfèrent prendre le risque de faire une crise cardiaque en salle de sport.
Pour ma part, j’ai trouvé l’expérience très agréable et je comprends pourquoi j’ai toujours envié aux fumeurs leurs pauses cigarettes. Mais rien n’oblige à fumer pendant les pauses cigarettes, c’est merveilleux de piquer aux fumeurs leurs privilèges…
Bientôt je compte profiter des privilèges de mon chef, à savoir lui piquer le journal toute une journée. A suivre, les privilèges de tous, c’est l’affaire de chacun…