Coup de foudre sur un escalator
J’ai toujours rêvé qu’un jour un homme tombe éperdument amoureux de moi au premier regard. Quand j’étais jeune en effet j’aurais trouvé tout à fait normal que cela arrive. Avec le temps et la maturité j’ai fini par rire de cette idée et à la trouver puérile. C’est devenu une petite plaisanterie entre moi et moi.
Et il y a quelques jours, vous savez ce que c’est, les bonnes résolutions et tout le reste, je me suis dit qu’il était temps de balayer ce fatras d’idées puériles qui ne serviraient pas. Je me suis mise donc d’accord avec moi-même pour abandonner cette fantaisie qui d’ailleurs si elle se réalisait me mettrait bien dans l’embarras, car j’ai une parfaite lucidité sur la question, c'est-à-dire que je me rends tout à fait compte que si vraiment un homme prétendait être tombé amoureux de moi en une seconde, ce serait probablement de tout sauf de moi dont il serait amoureux. Sans compter que je serais bien embêtée qu’un inconnu me regarde avec des yeux énamourés. Bref.
Hier 2 janvier 2009, alors que je prenais le métro à la station Jean-Jaurès avec mari et fille, un homme derrière moi sur l’escalator se met à dire que je suis sa femme. Alors que je me tourne perplexe vers mon premier et unique mari, le nouveau mari se met à expliquer à haute voix que vraiment, je lui plais, que je suis son idéal, que nous avons même deux enfants ensemble. Où suis-je ? Dans un film de science-fiction ? Ou bien me fait-on une farce ? Alain qui aime la précision dit qu’il pensait que j’avais trois enfants (et tout à fait bêtement je me mets à additionner les enfants réels et les deux imaginaires, ça fait cinq), l’homme a réponse à tout, il dit que le troisième enfant n’est pas de lui. Nous prenons le métro ensemble, ça laisse le temps de parler, surtout lui. Il regarde ma ravissante fille et dit oui vraiment, je préfère la mère (quel goujat !). Et il glisse dans la conversation qu’il est gardien de la paix. Peut-être est-il gardien de la paix, mais pas de la paix des ménages…
Finalement l’amoureux est descendu sagement à sa station non sans avoir insisté une nouvelle fois sur le fait que je lui plaisais beaucoup. Je dois préciser qu’il semblait avoir bu plus que de raison et mon hypothèse personnelle est qu’il n’y voyait plus très clair.
Mais la morale de cette histoire, c’est que si on est assez patient dans la vie, tout arrive.