Couscous avec octogénaire
J’avais promis d’inviter un ami éditeur à manger un couscous. Il me semble que la conversation est plus intéressante devant un couscous que devant des crevettes sauce cocktail. Nous mangions en sirotant un Sidi Brahim qui nous menaçait d’une grosse migraine.
De temps en temps, l’homme lançait des généralités sur les femmes qui m’auraient faites bondir si elles avaient été proférées par mon père. J’avais déjà remarqué que l’éditeur pouvait être très moderne sur de nombreux points et très arriéré sur d’autres. Je lui pardonnais parce que je m’en fichais. C’était comme si je considérais qu’il était né au 19ème siècle avec mentalité d’époque.
Il m’amusait presque et cela m’effraya un peu. Je me retrouvais de plus en plus souvent dans la situation étrange de côtoyer des personnes d’opinions opposées aux miennes et de n’en éprouver qu’un ennui vague. Plus jeune, j’aurais refusé de fréquenter de telles personnes. Est-ce que je mollissais ? Où ma passion s’était-elle enfuie ? Absorbée dans la graine, les pois chiches et les carottes ? Précipitée dans le Sidi Brahim ?
Il s’inquiétait de la pluie et moi je m’en fichais. Il regrettait son parapluie, son chat, son canapé. J’avais hâte de rentrer chez moi où jamais on ne dit de généralités sur les femmes. Jamais.