Le poète est excité

Publié le par arille

Peter Handke préfère dire que le poète est excité plutôt qu’enthousiaste. Dans son livre d’entretiens avec Peter Hamm, « Vive les illusions ! » Peter Handke nous parle, entre autres passionnants sujets, de son goût pour la littérature épique. J’ai beaucoup lu Peter Handke puis j’ai arrêté. Par bonheur il a continué à écrire, si bien que j’ai beaucoup de livres en retard à lire de lui. J’en suis terriblement excitée.

 

D’autres sont aussi excités, d’autre façon, contre Peter Handke. Des théâtres ont refusé de jouer ses pièces en 2006 après qu’il ait assisté aux obsèques de Milosevic. Louise L. Lambrichs a écrit des articles et des livres entiers pour expliquer « Le cas Handke ». Elle va même jusqu’à faire une psychanalyse gratuite en interprétant son style, dans « Histoire d’enfant », comme une incapacité à assumer sa paternité. Comme si l’auteur ne pouvait pas décider de son style, comme si ce style si personnel n’était pas ce qui justement permet au lecteur de se retrouver simultanément dans une distance et une proximité. L’histoire même de la difficulté d’être parent, ou enfant. Mais triple L va plus loin ; selon elle, Peter Handke, compte tenu de son histoire personnelle, serait condamné à la répétition parce qu’il n’aurait pas pris le temps d’y réfléchir. Reprocher à Handke un manque de réflexion est idiot pour qui prend seulement le temps de lire un seul livre de lui.

 

Tout récemment, Peter Handke a prévenu qu’il refuserait l’équivalent du Goncourt allemand si on le lui décernait. Il préférait laisser sa place à un jeune. Ce monsieur a de la classe et des idées si originales qu’elles sont parfois incomprises. Il serait dommage de ne pas lire ses essais, sur la journée réussie ou sur le juke-box, ou le cruel « Bienvenue au conseil d’administration ». Dommage de laisser des personnes dénigrer son travail saisissant et profond et de passer à côté de son excitante pensée.

 

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Publié dans Propos engagés

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