Au camp des blaireaux
S’il est banal de se promener en forêt en automne, c’est moins banal en Ariège, parce que c’est plus rare. L’Ariège n’attire pas la foule, les Ariégeois ignorent pourquoi.
Moins banal encore est de trouver en forêt des trous de vingt centimètres de diamètre d’une grande profondeur formant une sorte de ludopark en terre. Et de comprendre le vaste réseau qui forme le camp des blaireaux. Aussitôt on regrette d’avoir lancé des feuilles, puis des brindilles et même (horreur) des cailloux pour mesurer la profondeur des trous. Et des trous, lissés comme des puits, on en trouve une dizaine sur un large terrain en pente, trous ouverts où l’on pourrait presque se glisser. Un nouveau-né le pourrait, mais on considère en général qu’une vie d’homme vaut mieux.
Pourtant, quels véritables soucis hantent les nuits des blaireaux ? Pas de récession ni de menace de globalisation. Le blaireau noble peut même hériter d’un domaine séculaire. Que nous envierait-il ? Il profite d’une vie saine, naturelle, nourrie à la graine et aux racines sans hausse du prix de l’essence. Aucune obligation culturelle, pas de rentrée littéraire ni de films à voir absolument. Le blaireau mène une vie de rêve, du moins pour un végétarien écolo.