La sexualité "normale" de la femme

Publié le par arille

Quand on qualifie quelque chose de normal, on veut dire qui s'apparente au type le plus courant.

En matière de sexualité féminine, l'idée qui est véhiculée est que la femme trouve son plaisir (c'est à dire orgasme) dans les bras de son partenaire. Pourtant, d'après le nouveau rapport Hite publié en 2000 qui analyse les réponses de plus de trois mille femmes, 70% des femmes disent qu'elles n'arrivent pas à orgasmer dans les bras de leur partenaire, même si par ailleurs c'est souvent là qu'elles trouvent le plus grand plaisir affectif et le sentiment que leur féminité est au plus haut.

La normalité, selon la définition toute bête de ce mot, c'est donc que la femme n'orgasme pas nécessairement pendant le coït. La normalité, toujours selon les réponses des femmes, est que pour jouir une stimulation clitoridienne est souvent nécessaire. A ce propos, elle est jugée comme très imparfaitement faite en général par les hommes, quand les femmes toutefois ont l'audace de le demander.

Il faut imaginer le sexe de la femme comme un pénis coupé en deux dans sa longueur et ouvert. L'équivalent du gland est le clitoris, la partie la plus sensible et excitable. Quand la femme est excitée la zone entière est irriguée et gonflée à l'intérieur, comme le pénis l'est à l'extérieur. Le système clitoridien ne se réduit pas à un bouton pression mais se prolonge jusqu'au vagin. C'est sans doute la raison pour laquelle les dommages terribles des excisions peuvent parfois faire l'objet d'une reconstruction qui n'est pas que d'apparence, la racine du clitoris étant assez profonde.

Katucha avait raconté dans son livre la terrible histoire de son excision et le combat qu'elle menait contre cette "tradition". Dans sa bouche une expression me frappa quand elle évoquait ce crime ; elle appelait cela "mettre aux normes". Exciser, c'était "mettre aux normes" les filles. Notre société a une façon moins violente il est vrai, de normaliser la sexualité des femmes. Mais comment se fait-il que toutes les femmes interrogées qui ne jouissent pas pendant le coït se sentent anormales ou frigides ? Et pourquoi cette course stupide pour tenter d'adapter notre sexualité à celle des hommes alors qu'elle est, de fait, différente ? Sans doute parce que les mentalités à la traîne continuent à penser que le plaisir adulte de la femme doit toujours se trouver là où est son vagin, sous peine d'être considéré comme immature.

Quant au point G, des hommes très sérieux nous en ont beaucoup parlé. Ils ont même eu l'obligeance de nous dessiner la carte de notre intimité de façon à ce que nous puissions nous repérer, comme sur un plan de ville, avec une croix (c'est ici). Mais nous ne savons pas lire un plan, c'est bien connu, aussi est-ce sans doute la raison pour laquelle nous ne l'avons jamais trouvé. Mais nous continuons à chercher  avec ardeur...


Si ce modeste caillou dans la flaque pouvait contribuer à ce qu'une seule femme qui pense être anormale se dise qu'elle fait partie des 70% de femmes et se considère donc comme tout à fait normale, j'en serais heureuse.

A lire et relire : Le nouveau rapport Hite de Shere Hite

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Publié dans Propos engagés

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