Le vrai, le semblable et le vraisemblable au cinéma
Je ne sais pas si vous faîtes partie des personnes qui exigent, au cinéma, sinon le vrai, du moins le semblable et de toute façon le vraisemblable. J’en connais. Cela m’agace car au nom de la liberté artistique je suis plutôt pour défendre l’invraisemblable. Mon adorable professeur de français de quatrième qui s’appelait Désiré, un nom qu’à l’époque nous trouvions démentiellement ridicule et que je trouve à présent touchant car je pense maintenant tout simplement aux parents de mon vieux professeur qui osèrent avouer au monde que leur enfant était désiré. Il nous raconta donc, cette fois en français car le bougre dialoguait sans vergogne en latin avec les deux têtes de classe dont je ne n’étais pas, l’histoire suivante.
Il faut distinguer le vrai et le vraisemblable. L’histoire que je vais vous raconter est vraie mais n’est pas vraisemblable. Il s’agit d’un homme qui partait en vacances. Il dut s’arrêter en chemin et ouvrit son coffre pour y sortir de l’eau. A ce moment-là, un véhicule devant lui recula en heurtant sa voiture et le pauvre type se retrouva enfermé dans le coffre de sa propre voiture. Sans pouvoir en sortir.
Cette histoire nous effraya beaucoup si bien que nous nous mîmes à ricaner très fort. Pourtant, chaque fois que je vais au cinéma, je me surprends à décrocher lorsque l’histoire, la situation ou la psychologie d’un personnage, s’éloigne trop du vraisemblable. Je m’interroge sans fin. Qui suis-je donc pour juger ? Est-ce que je connais toutes les histoires ? Toutes les femmes et tous les hommes ? Est-ce que je ne vis pas dans une bulle ?
J’ergote mais dans le vrai on accepte tout, la démarche est différente, on apprend, on s’instruit. Quoi ? Des êtres nus se baladant avec des chapeaux sur la tête ? C’est un documentaire, passez votre chemin. Invraisemblable mais vrai, comme dirait Désiré. Et si on se retrouve dans l’histoire, on est dans le semblable, du moins dans quelques zones cachées de nous-mêmes, des zones difficiles, cruelles, érotiques ou fatales. Le semblable ne pose qu’un problème d’ennui.
L’invraisemblable nous titille. C’est comme si le réalisateur soit se moquait de nous, soit nous poussait à une réflexion, un aller retour inconfortable entre la fiction et la réalité, nous empêchant d’embarquer sur la bateau tranquille de l’histoire. Une autre possibilité existe aussi, c’est que le réalisateur soit fou ou incompétent. Dans ce cas, et uniquement dans ce cas, si vous êtes à l’Utopia à Toulouse, le cinéma des bobos, vous faites acte d’un exceptionnel courage en partant de la salle dès que le film est terminé, dans le noir, sans attendre les dix minutes du générique, sans attendre comme tout le monde religieusement la dernière ligne de la fin du générique, pour bien montrer que vous n’aimez pas, mais pas du tout, qu’on se paie votre tronche.