L'été où l'on tue des enfants
L'été porte déjà son lot pesant d'accidents de voiture ou par noyade aux enfants. Cet été fait pire. C'est l'été où l'on tue les enfants. Aucune raison ne peut éclairer nos intelligences, aucune explication déciller nos yeux sur ces faits ; nous ne pouvons comprendre. Et pourtant cet été, on tue des enfants en France, utilisant divers moyens, qui au fusil, qui à la corde, qui au couteau. Abondamment, diversement, trop.
Je peux comprendre bien des fardeaux de l'été. Je peux comprendre l'hébétude des vacances, je peux comprendre l'apéro. Je peux comprendre l'impatience des parents quand il fait chaud et que l'enfant embête, il joue là où on lui a interdit, il dit des choses qu'il ferait mieux de taire. Je comprends qu'on le rabroue, même un peu trop vivement. Ma compréhension est très limitée, elle s'arrête là. Du reste, à entendre la conversation de mes voisins de table d'apéro ce doux soir à Lavelanet (Ariège), mes voisins sont en la matière tout aussi stupides : Tu comprends, toi, qu'on puisse oublier son enfant dans une voiture une journée entière ? Je comprends qu'on puisse oublier la belle-mère ! Oui, ça oui, je peux le comprendre ! Mais tuer un enfant de quarante coups de couteaux, t'imagines la rage qu'il faut avoir en soi ? T'imagines comme c'est long, tiens, compte jusqu'à quarante ! Un, deux, trois, quatre... Tu vois comme c'est long ? C'est les mecs, même le plus gentil des mecs quand il pète un cable il pète un cable ! C'est le quarante, c'est pas possible quarante ! Il est malade, le mec il faut le zigouiller tout de suite.
Que les tueurs d'enfants se suicident avant de tuer des enfants, il y aurait respect. Je connais quelques beaux endroits pour cela, des pics et des gouffres, des étangs et des ponts au nom de Diable et de corbeaux, des lieux parfaits pour un suicide plein de panache. Je veux bien les y guider les tueurs d'enfants et ensuite même dire quelque chose sur eux. Tant qu'à tout saboter, autant le faire bien.