Les supporters de rugby et le chevalier de Pinel

Publié le par arille

 

 

Quand les supporters vont au stade habillés de noir et rouge, ils sont en bras de chemise et ils roulent des muscles. Pas de risque qu'ils aient froid. 
 

Le chevalier de Pinel se dirige tranquillement, seul probablement, vers sa place. Il a son manteau, sa casquette et peut-être, une écharpe. Dans ses poches comme en cachette il tient deux bougies et une petite boite d’allumettes. Il lève les yeux vers le ciel bien sombre. S’il pleut et s’il vente, ce sera bien.

 

Les supporters s’assoient sur le petit culier de plastic rouge qui leur moule le derrière. Ainsi calés de cul, ils peuvent gueuler à l’aise. Une bière au moins les abreuve. Quand est-ce que ça commence ? Ohé Ohé Ohé ! Toulousains ! Toulousains ! Toulousains !

 

Le chevalier s’avance. La trouille l’habite. Pourtant le kiosque  fait coucou, et la fontaine et l’espace canin.  Eh ? Merle blanc ? T’es où ? Même le merle blanc le trahit. Pas d’amis. Pas de femme. C’est aussi bien, parfois le rire des femmes, ça aliène l’ambiance, le sacré fout le camp et la poésie fuit.

 

Les drapeaux claquent, les confettis volent sur le terrain multicolore, l’horloge digitale s’affole en dizièmes de secondes, on crie, on tape des pieds. Les enfants regroupés dans un carré du stade sautent en cadence, leurs voix aigües trouent l’air. Ohé Ohé Ohé !

 

Il allume ses bougies et on pourrait l’entendre murmurer des noms. Jean-Luc Moudenc, Marius Pinel… Doute-t-il, le chevalier, quand il annone ses noms chéris ? Non, le doute est parti, peut-être reviendra-t-il après, mais pendant l’action il est à son œuvre, il  fait magie de  poésie et c’est aussi bien qu’il soit seul . Qui comprendrait ?

 

La première mi-temps n’est pas si favorable, salaud d’arbitre. Déjà les remplaçants s’activent. Ils font des pompes en Dieux du stade puis se roulent par terre comme des bébés qui pleurent en pédalant des jambes. La corne gueule. La mascotte, dans son maillot noir et rouge, salue gentiment. Elle est rejointe par une autre qui veut la terrasser. C’est quoi ? Demande mon voisin. C'est une mascotte de mauvais goût que la sécurité fait sortir du terrain (un homme déguisé en pénis).
 

Le vent éteint les bougies. Mauvais signe. J’aurais dû prévoir quelque chose de plus fort, se dit le chevalier. Une page de Victor Hugo ou une photo de Carla Bruni en cuissardes. Mais le chevalier n’est pas contrarié ; il s’attendait à résistances.  Il veille. Au-delà de la place Pinel, la machine ronde s’en fout.

 

 




Publicité

Publié dans Toulouse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article