Chronique avec Américaine
Aujourd’hui je promène mon Américaine au bord de l’eau. Je lui montre un bateau. C’est un bateau spécial, il ne bouge pas, c’est un resto. Je ne sais pas ce qu’on y mange, en tout cas, on y voit de l’eau.
Ça lui plaît l’Américaine. Comme c’est beau ! Comme c’est beau ! Mais elle sait dire bien d’autres mots l’Américaine. Je l’amène rue étroite, une rue pavée qui sent la pisse et descend vers le fleuve. Si bien qu’arrivées au bout, on aspire à respirer. On voit l’eau d’en haut : les amoureux s’énamourent, les théatreux théâtrent, les pigeons pigeonnent.
Nous, on zieutent les gens et les bestioles avec de grandes lorgnettes. C’est payant ? Elle demande, l’Américaine. Non, c’est free, on espionne à l’œil, on se rince l’œil. Une grue fait sa belle sur une patte, debout sur une bouée.
Et là (je lui montre le tour de l’Hôtel-Dieu), on abandonnait nos moutards avant ! Nos quoi ? Nos gosses, nos gamins, nos mioches quoi ! Je lui explique le système à l’Américaine ; on abandonne l’enfant là, on tourne, et hop, c’est comme un tourne broche, et de l’autre côté on récupère l’enfant pour le sauver. Il ne meurt pas, ou c’est qu’on l’aura trouvé trop tard.
C’est clever, elle trouve l’Américaine. Ben oui, c’est ça la France ! Mais vous ne travaillez pas ? Vous n’avez pas autre chose à faire ? Si, si, mais je ne suis pas pressée ! Et je la conduis aux Jacobins parce qu’à midi, la lumière des vitraux vibre bien sur les piliers et c’est beau. Je vais lui en mettre plein les mirettes. Et on n’est pas aux pièces, même si on pointe.
On revient se pencher sur l’eau. J’ai vécu deux ans à Rio, me dit l’Américaine. Y’avait des serpents dans les rues. Des serpents dans les rues, quelle chance ! Ça, c’est l’aventure ! Et puis je lui fais la bise, lui laisse mon email et reviens pointer à la préfecture.