Un conférencier, deux-cent femmes et un trou

Publié le par arille

Saviez-vous qu'à Toulouse, il existe une université des femmes ? Etonnant et discriminatoire (envers les hommes). Mais on n'est pas obligé de soulever son tee shirt pour entrer. Ce jour-là, j'étais invitée par le conférencier, mon ami Yves Le Pestipon. Arrivés devant l'amphi, des dizaines et des dizaines de dames aux cheveux argentés ou d'un roux vif attendaient. J'ai eu peur pour mon ami qui lui même n'en menait pas large, bien qu'extérieurement il ne montrait aucune peur. En tout cas moi à sa place j'aurais eu peur. Tant d'attente, tant de femmes, tant de soif de culture, et toutes ces dames pressées de se serrer et de se glisser sur les bancs comme des perles enfilées dans un collier ! D'ailleurs une fois les portes ouvertes, les dames prirent la place de jeunes étudiants. D'un coup l'amphi était bondé. Je restai là un moment, absurdement debout à chercher une place en tournant lentement sur moi-même. Jusqu'à ce qu'une dame, une sorte de chef des femmes, me fit assoir au premier rang. 



La conférence fut érudite et brillante. Les dames furent contentes. Beaucoup notèrent des mots et des phrases entières dans des petits carnets. Certaines rirent. Il a de l'humour ce monsieur, disaient-elles, il pourrait revenir. Cette conférence pendant laquelle elles étaient installées sur de durs bancs de bois, coincées les unes contre les autres, étaient pour elles comme une récréation pour des gosses. Elles se souvenaient presque du dix-septième siècle, du moins se souvenaient-elles des cours d'histoire de leur jeune temps, soixante ans auparavant.



Malgré tout, aucune de ces charmantes dames n'avaient pensé à offrir un verre d'eau au conférencier qui commençait à tousser vers la fin. Je l'invitai donc à boire un thé comme pour marquer ma désaprobation et rattraper la bévue de ces dames, dont j'étais. C'était un auditoire idéal pour moi, s'amusait-il à commenter ; cultivé, sérieux, incroyablement studieux... Il se mit à rêver à une retraite parsemée de telles conférences qui l'auréoleraient d'un statut de savant pas guindé. Sans doute. Quant à moi la perspective ne me faisait pas rêver. Mais je n'avais pas non plus le talent oratoire du conférencier. J'étais trop fantasque pour me plier à la discipline voulue.



Nous nous dirageâmes vers la place du Capitole quand le conférencier s'arrêta comme s'arrête un chien qui a vu un trésor, une belle crotte, un bout de pain par terre. Un TROU ? Demanda-t-il ? Je regardai dans la même direction et je vis ce qu'il voyait avec émotion : un trou gigantesque, au milieu de la chaussée, d'au moins dix mètres de profondeur. Nous fûmes saisis de joie à cette découverte. Malheureusement, cette alégresse ne jura pas. En nous approchant, nous nous rendîmes compte que nous avions été les jouets d'un mirage. La route recouverte d'eau reflétait juste les immeubles autour et ce que nous avions pris pour un gouffre n'était que le reflet inversé des immeubles et du ciel. Mais l'espace d'un instant, nous avons cru au trou, à l'envie de descendre en rappel pour l'explorer, nous avons presque senti les squelettes et les trouvailles, juste avant que la route se recouvre d'eau de pluie.


Publié dans propos aimables

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