Tout ce qu'il ne faut pas voir

Publié le par arille

Je vois des choses qui me troublent.

Lors d'un vernissage qui a lieu dans une chapelle, une femme, après avoir gentiment servi des petits fours, s'agenouille et prie. Puis elle se met à hurler, comme si elle ressentait une vive douleur. Son cri dure. A quelques mètres d'elle, les hommes et les femmes font comme s'ils n'entendaient pas, un verre à la main. Comme si tout était normal. Je suis prise de peur et je demande autour de moi s'il ne faut pas faire quelque chose pour cette femme ? On me répond qu'elle est sourde-muette. Elle ne s'entend pas, d'accord, mais cela n'explique pas cette douleur. Une femme me raconte son histoire. La fille de douze ans de cette femme a été écrasée devant ses yeux par un bus. Et la chapelle où nous nous trouvons vient d'être réouverte après des années, ravivant peut-être de malheureux souvenirs. La femme passe presque en courant devant nous, essuyant ses yeux, disparaissant pour ne pas gâcher la fête.


Après une manifestation, près des cars de police, un homme est à terre, le visage en sang. Ses bras sont dans une position inhabituelle, sous lui. Un policier est debout à côté de lui. Un enfant discute avec le policier. Tout le monde passe devant cette scène sans s'arrêter. J'ai un choc parce que je le crois mort. Puis j'essaie de me rassurer en me disant que si c'était le cas on aurait recouvert son visage. C'est ce qu'ils font dans les films. C'est seulement au bout de quelques minutes que je comprends la raison de cette étrange position. Il avait les mains menottées derrière le dos.

 

En vélo, dans ma robe rose, je suis la reine. Je double souvent les autres vélos. C'est ainsi que je double une femme d'un certain âge qui se met à faire des gestes que je perçois comme obscènes sans les comprendre. La femme que je dépasse se moque de moi à haute voix "eh la rose, dit-elle, tu vas pas bien" Comme je lui fais remarquer qu'elle dépasse un peu les bornes, elle rajoute, menaçante "fallait pas commencer, et en rose en plus" Je ne comprends pas cette haine contre moi, ma robe ou je ne sais quoi. Je la double tout à fait, la laissant hurler des insanités et des injures qu'heureusement  je n'entends plus. Je me demande pourquoi je lui ai inspiré cette haine, et comme les Robins des bois, je me dis qu'elle "doit être très malheureuse pour être aussi méchante".

 

Dans le métro, un homme jeune, vêtu d'un short Burburry (sic) et d'un tee-shirt, s'en prend à un grand noir. Le type a l'air d'être sous l'emprise d'une drogue. Ses jambes sont abîmées, pleines de traînées de sang. Le grand noir, très calme, ne recule pas devant l'autre qui lui débite les pires horreurs (il va le couper en rondelles, l'assécher, tu sais ce que ça veut dire, que je vais t'assécher ?) Dans la métro, tout le monde regrette d'avoir pris cette rame et personne ne dit rien, ni pour soutenir le noir ni pour tenter d'apaiser l'autre qui dans son short qui semble taillé dans une écharpe de ma mère. Tout le monde se sent nul, tout le monde fait comme s'il ne se passait rien. 

 

Comme si nous étions cernés de dangereuses choses qu'il veut mieux ignorer.




Publié dans PARANOIA DEBUTANTE

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Commenter cet article

jlf 30/06/2010 20:52


Parlez moi des écharpes de votre mère.


Jim Morrison 30/06/2010 07:01


There's danger on the edge of town
Ride the King's highway, baby
Weird scenes inside the gold mine