Tous (nos) égos

Publié le par arille

 

 

Depuis quelques mois je suis des cours de philosophie à la maison de la philosophie de Toulouse. Ce soir, nous avons appris des choses fascinantes sur l'atomisme psychique. Je voudrais vous les faire partager.

 

Nous vivons dans l'illusion que nous avons un moi stable et cohérent. En réalité, nous sommes composés d'une multitude d'égos. Cela entraîne un phénomène de dispersion et de fragmentation du moi. Le moi n'est pas unique mais pluriel. Notre moi n'est pas composé de facettes d'une même structure centrale, mais d'une multitude d'unités psychiques, les égos, qui ont chacune leurs mémoires, leurs envies propres, et qui s'ignorent l'une l'autre. D'où les sautes d'humeur et les contradictions.

On peut passer d'un égo à un autre en moins d'une seconde. Lorsque nous sommes captés par un égo, notre état de conscience diminue et nous sommes dans une infraconscience. On connaît bien ce phénomène quand on conduit une voiture sur un chemin habituel. Il arrive qu'on se retrouve à conduire d'une manière machinale sans avoir conscience de ce que l'on fait.

 

Les égos sont créés par les divers champs d'intérêt ; vie professionnelle, thèmes... Plus on leur donne d'importance et plus ils sont capables de s'autoactiver par une sorte de bavardage intérieur. Je est une sous-partie qui ignore le restant. Pour cette raison il est difficile d'être objectif quand il s'agit de soi. Passant d'un égo à l'autre (tout nous y pousse), nous perdons aussitôt la mémoire de notre égo précédent.

 

Les égos ne disparaissent pas. Une personne qui a une pulsion criminelle dans son adolescence pourra la voir se réactiver des années plus tard. Chaque égo vit dans l'ignorance totale des autres. Ce qui explique nos contradictions. Nous sommes capables de décider un régime et de boulotter un paquet entier de bonbons dans la seconde qui suit. Comme nous admettons difficilement d'être aussi versatile, nous avons tendance à accuser des influences extérieures. Ce sont bien pourtant nos égos personnels qui nous jettent dans la confusion, l'infraconscience.

 

Dans ces états de sous-conscience, l'égo dans lequel nous sommes est-il bien adapté au contexte ? Ne sommes-nous pas dans un masque fait d'une histoire passée ? D'un rôle professionnel ? Sans distanciation possible, nous sommes dispersés et en dehors de l'attention. Lors de prise de droguues, le moi central peut disparaître et les égos peuvent réveiller des états régressifs.

 

Certains égos sont particulièrement sombres (5%), d'autres favorables pour nous (5% aussi), le reste sera composé de 90% d'égos qui gèrent la vie quotidienne d'une façon mécanique (se laver les dents, faire les courses dans un supermarché...)

 

Plus on a d'égos, moins on a de conscience, plus on a de peurs. Travailler pour améliorer la situation est difficile, parce que travailler sur soi est difficile. D'autre part, la raison est impuissante sur les égos. Les inerties générées par les égos sont puissantes. Il est cependant possible d'agir. La seule possibilité est d'augmenter notre champ de conscience. Notre conscience peut déconstruire les égos.

 

 

Les égos sont à la fois des contenants et des contenus. Les contenants sont à priori présents chez chacun. Nous sommes responsables de ce que nous mettons dans ces contenus. Selon nos expériences passées, nous sommes capables d'augmenter notre conscience et d'unifier notre moi. En déconstruisant nos égos, nous gardons les contenus dans une conscience élargie. C'est un travail de fond, conflictuel. Une vigilance est nécessaire, une densité intérieure.

 

Dans une journée, quand une faille apparaît, il est nécessaire de se recentrer afin d'éviter "un train d'égos", c'est à dire des événements en chaîne qui se poursuivent par une sorte de pollution d'un moment désagréable sur le reste de la journée. Au moment où l'égo s'exprime, il faut agir dessus (c'est la main qui tape l'autre qui attrape le paquet de bonbons). La question n'est pas "est-ce bien ou mal ?" mais "en ai-je conscience ?" S'il est nécessaire de haïr, autant le faire en pleine conscience !

 

Quand on veut quelque chose, est-ce bien nous ou un égo qui a pris le contrôle ? L'auto-observation est le moyen de prendre conscience des mécanismes psychisues qui sont en nous. Le travail sur les égos peut améliorer l'unité intérieure.

 

 

On peut lire aussi :

Docteur Jeckill et Mister Hide de Stevenson

Un homme coupé en tranches de Vercors

Mes démons d'Edgar Morin

L'analyse transactionelle découverte par Eric Berne (théorie sur les états du moi)

 

Commenter cet article

Dexter Morgan 21/04/2013 14:21

Ah merci...

lavernette 20/04/2013 16:51

si tu veux je peux te prêter:"analyse transactionnelle et psychothérapie" de Berne

Dexter Morgan 19/04/2013 00:25

My dark passenger... Suis-je lui ou est-il moi ? Sommes nous un ou ne suis-je que son pantin... Quelle partie de moi va gagner si la symbiose se libère ? I really don't know, think my father should
know.