Que faire au paradis ?

Publié le par arille

Au paradis, on ne se lave pas. On se baigne, on se plonge, on se rafraîchit.

Il est bon de boire au paradis. Pas d’apéro, mais des jus de fruits, des petites bières, du rhum arrangé, de l’eau du robinet, de l’eau de pluie quand il pleut, de l’eau gazeuse comme une Cilaos. Au paradis, on est en avance sur tout le monde, c’est la saison été en hiver, c’est trois heures avant Toulouse ou Paris. C’est la réhabilitation du gothique avec des jupes short à motif de tête de mort et des bandeaux en dentelle colorée à porter tels. On n’est pas sexy au Paradis, on est comme le bon Dieu vous a fait, à quoi bon le cacher.  

 

Au paradis, on ne drague pas mais on converse volontiers avec des femmes si on est un homme. On s’informe. Est-on mariée, célibataire et si oui, amoureuse ? N’a-t-on pas envie de changer un peu ? Au paradis, on rit beaucoup avec des dents bien blanches. Et n’a-t-on pas des filles qui veulent s’amuser ?

 

Au paradis, la nourriture abonde en plats fins savoureux et généreux qui commencent tous par des C ; cari camaron, cari poulet, cari zourit, cari combava, cari bichique, cari crevettes. Les fruits fondent sous la langue, mangues, papayes, litchis, tamarins, fruits de la passion, ananas… Les beignets d’aubergine rendent idiots tous les régimes et les vœux de minceur, les samossas croustillent et brûlent le palais, comment attendre pour les croquer ?

 

Dans le lagon du paradis, les poissons aiment les visites. Ils se pavanent, ils jouent à être des bêtes innocentes uniquement dédiés à la beauté. Aucune peur ne les traverse, ils jouent à s’effrayer sans vrai talent dramatique. Seuls quelques poissons hargneux défendent leur progéniture en attendant l’éclosion de leurs œufs. Dès que leurs bébés en sortent, les adultes reviennent à une allure toute pacifique, j’menfoutiste et désinvolte.

 

Les chats, au paradis, sont pâles. Ils miaulent en mineur, tout doux pour ne pas agacer. Par rapport aux habituels chats que vous connaissez, le chat du paradis miaule à 5 sur une échelle de 10. Il se vautre devant votre passage pour vous donner le plaisir de le caresser, une fois, deux fois, trois fois… On a tout son temps au paradis. Le chat du paradis boit dans la piscine turquoise du paradis. Il observe les oiseaux du paradis et tente sans conviction de les approcher sans vrai talent tueur.

 

Au paradis, la route va tout droit à la mer en descendant, si bien qu’il est impossible de se perdre pour y aller, même les yeux fermés. Il est possible de s’égarer un peu au paradis mais pas de se perdre, car il n’y a qu’une seule route ou presque, si bien que même des ruses de rond point ne suffisent pas à faire tourner la tête. Il suffit de se demander « Où est la mer et où je veux aller ? » pour retrouver logiquement son chemin.

 

Vous l’avez compris, je suis au paradis pour quelques jours encore. J’avais promis de travailler sur un projet et j’avais pour cela apporté tout ce qui était nécessaire à ce travail. Mais au paradis, les alizés ne travaillent pas, eux. Ils font voleter les voiles des rideaux, ils caressent ma peau. Les poissons ne travaillent pas, ni les chats. Même les neveux sont en vacances. Je regarde la mer de loin, de près, des routes, des plages et du dedans. J’écoute ma respiration tubuesque et je tente de comprendre les petits signaux sonores des poissons qu’au bout de trois jours j’entends comme une langue de plus en plus familière. Je me promène en short, j’ouvre des yeux comme des soucoupes, je fais mes courses au marché 24/24 qui ne ferme jamais, ce qui m’enchante. Je lis le journal local. Je découpe des patates douces qui laissent sur les mains une pellicule collante, j’embrasse une tante très belle et mes cousins péi…Manger lentement, ici, est un art délicieux où l’on marie les saveurs et un moukatage bon enfant et tendre. Je m’étonne d’en éprouver tant de plaisir. Je déguste des glaces qui fondent presque avant d’être mangées. Je profite de tout le soleil de la journée et de toutes les étoiles de la nuit. Ce qui me manque ici, au paradis, est encore un plaisir, un plaisir d’autant plus grand qu’il est différé.

 

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Solita 26/01/2011 13:04


Nan, je suis là aussi, je te regarde avec un sourire, je suis contente pour toi!


arille 25/01/2011 22:00


Gabrielle ! Ma seule lectrice !!!


Gabrielle 25/01/2011 20:19


Arille, la seule pie qui nage !


arille 24/01/2011 21:28


Merci, je passe ma vie dans l'eau, certains poissons grognent sous l'eau quand on s'approche trop près de chez eux...


Gabrielle 24/01/2011 21:01


Oh, profites en bien ! Et ramène nous en plein d'histoires :)