Ne rien faire serait salutaire

Publié le par arille

Quand j'ai commencé à travailler dans l'administrakion il y a huit ans, j'ai retenu une étrange leçon : parfois, il est plus utile de ne rien faire. Evidemment tout mon être se rebellait contre cette aberration. Faire m'avait toujours paru supérieur à ne pas faire. Et pourtant, dans bien des cas, c'est une leçon qui m'a aidée. 

 

J'explique. Souvent dans l'administrakion met en place un nouveau système. Un nouveau logiciel, une méthode, des consignes. Les plus zélés se précipitent : il faut les laisser faire. Car il y a 95 chances sur 100 pour le la nouvelle procédure comporte un beugue, un couac, et que quelque temps plus tard (une bonne semaine quand même) de nouvelles consignes très différentes arrivent. Pour les zélés, c'est très embêtant ; non seulement leur zèle ne leur a servi à rien, mais en plus ils sont maintenant en retard étant donné que rien n'est prévu pour les tirer d'affaire. 

 

Il y a quelque temps, devant le dépassement des déficits que j'avais signalé plusieurs mois auparavant, une remontée de bretelles dans les hautes sphères avait agité soudainement  ma yé rarchie. Bien qu'il n'y ait plus rien à faire à part espérer que nos collègues de plus de 60 ans se mettent tous massivement à demander leur retraite, ou que d'autres réussissent des concours dans d'autres adminstrakions, ma yé rarchie insistait. Mais enfin, me disait-on, vous devez bien avoir une idée ? C'est impossible qu'on ne puisse rien faire ? Mon énergique chef  ne pouvait l'accepter. Je me disais qu'on pouvait toujours prier pour que les rares femmes en âge de procréer passent toutes à l'action puis demandent des congés parentaux (non payés), mais c'était une solution sur laquelle je ne pouvais pas agir, et en plus qui prendrait du temps. 

 

Que peut-on faire, que peut-on faire ? Me répétait-elle. J'avais envie de lui faire plaisir mais je sentais que sur ce coup il ne fallait surtout RIEN faire. Que si on agissait ce serait pour empirer la situation. Mais comme je n'avais que mon expérience et mon intuition à proposer, on pensa sans doute que je tirais au flan. La vérité est que les quelques euros qu'on pouvait glaner en reculant les dates des arrivées, en plus de donner une image désastreuse, pouvaient être annulés par d'autres conséquences négatives que je sentais venir. Ce qui n'a pas loupé. Car pour gagner trois sous des renouvellement de contrats sont maintenant remis en question au prétexte que si nous reculons des arrivées, nous pouvons bien nous passer de personnes sous contrats. 

 

Pour passer à plus joyeux, j'ai lu avec beaucoup de plaisir le livre de Zoé Shepard, "Absolument débordée" ou comment faire 35 heures en un mois. C'est hilarant et malheureusement vrai. Cette jeune fonctionnaire est menacée de suspension de salaire pour deux ans pour avoir écrit ce livre dans lequel les personnages (ses collègues et chefs) se sont reconnus. Comme le portrait n'était pas flatteur, ils aurait mieux fait de ne rien faire, mais ils n'en ont pas eu l'idée. 


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