Les boutiques à gueules

Publié le par arille

J’aime les boutiques à gueules. Les magasins, restaurants, estaminets, cordonniers, faiseurs de tampons, quincailleries, boulangeries pâtisseries exposeurs de meringues ficeleurs de sandwichs, dealer de laine de prix, dérouleurs de tissus rares, pourvoyeurs de cigares, cigarettes, cartes à gratter, feuilles de Loto avec le stylo attaché à une méchante ficelle.

 

J’aime la morgue du boutiquier qui vous reçoit avec le dédain de celui qui sait. La tricoteuse moqueuse qui vous regarde hésiter devant ses milliers de pelotes. Hé bé ! Vous ne trouvez pas ce qu’il vous faut ! Le cuisinier sûr de lui au point de se moquer de son propre talent : Je viens d’ouvrir la boite de conserve, c’est du frais ! Alors qu’il choisit avec un soin jaloux ses fournisseurs et ses ingrédients. J’aime le spectacle de la droguiste qui engueule presque la cliente qui ne sait pas la pauvrette, que le produit qu’elle demande est bien moins efficace et plus cher que le bon gros savon cubique aligné là comme un trésor d’odeurs.

 

Mon goût pour ces officines à grincheux frise le masochisme. Il m’est incompréhensible à moi-même, qui apprécie la gentillesse chez les humains (et non humains d’ailleurs). Cependant j’ai mes limites. Bourru oui, méchant ou con, non. Le pépé grincheux de mon quartier, chez qui j’aimais prendre du temps à choisir mon magazine, a fini par me faire fuir à force de pousser force soupirs, à pianoter sur sa tablette et à me regarder comme si j’allais partir avec trois magazines sous le manteau. C’était surjoué, il en faisait trop. Un jour ou l’autre on en serait venu aux insultes. D’autant que ce salopard m’a fait mentir plusieurs fois. Amenant à plusieurs reprises des amis dans son magasin afin qu’ils puissent constater à quel point le patron était désagréable, celui-ci m’a fichu une bonne honte en se présentant comme le gentil papetier qu’il n’était jamais avec moi ! Et pour ces messieursdames ?

 

Je ne garderai donc pas que pour moi ces trésors de ronchons. Je vous indiquerai l’adresse, le plan, tout. Vous saurez où aller si un jour, vous avec envie de voir des gueules, des vraies, et pas des figures de papier sans épaisseur humaine qui se contentent trois fois dans le repas de vous rabâcher sans écouter votre réponse Ça s’est passé comment ?(répondez on verra ça plus tard).

 

A bientôt donc pour la première boutique à gueules.

Publié dans Toulouse

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