La mort de l'autre

Publié le par arille

Je vais au théâtre voir la présentation d'élèves (des trentenaires et quadras) qui font du théâtre depuis des années. Ils sont à fond. Ils sont en groupe, se réveillent comme des poussins qui sortent de l'oeuf, c'est très mignon et assez ennuyeux. Puis le défilés des scènes commencent. Il ne s'agit pas une pièce complète mais d'une multitude de scénettes. On voit qu'ils peuvent se toucher sans problème, se jeter sur les murs, se faire des bisous à qui mieux mieux. Moi qui me demande à quoi rime tout cela, je m'ennuie terriblement. Je ne ressens pas d'émotion, je ne suis pas touchée. A peine me lance-t-on sur une piste qu'elle est aussitôt contredite par l'irruption d'autres visions. Je peine, je suis à la peine.

 

Les acteurs sont contents. Ils entrent et sortent de scène comme s'ils voulaient y être constamment, dans une compétition constante. Ils se changent de vêtements tout le temps. Les tas de fringues s'empilent par terre et sont utilisés sur scène par les acteurs. Ils sont dix et semblent encore plus nombreux du fait qu'ils se changent constamment. : une foule. Il faut leur reconnaître un dynamisme effrayant. Ils rampent, ils courent, ils crient. Au service de quoi, qui le sait ?

 

Parmi eux, de temps en temps, une figure forte apparaît, plus par sa justesse et son immobilité que par cette gesticulation constante de : la belle fille qui ne rechigne pas à montrer sa culotte, le blond ses gambettes et sa tête de haine, cet homme plus tout jeune son sourire idiot. Le spectateur n'a pas besoin de comprendre, semble-t-on nous dire. Il ne s'agit pas de comprendre. Oui, mais s'il ne ressent rien non plus, alors quoi ? Et quand enfin une structure compréhensible semble apparaître, elle est si systématique et sans mystère qu'elle assomme. Au fond, ce théâtre contemporain est bien en accord avec une époque qui se fout de se faire comprendre de l'autre du moment que l'autre lui prête ses oreilles, ses yeux et sa capacité d'admiration.

 

De quoi me dégoûter de la scène. Les autres spectateurs semblent ravis. Bravo !!! Lance un spectateur à la fin. Bravo ? De quoi ? De s'être enlacé avec les autres ? D'avoir pleuré et rit ? De n'avoir mis en scène que des structures faibles ? D'être venu sur scène puis revenus, rerevenus, rererevenus inlassablement ? Je me fait l'effet d'une vieille aigrie. Je n'ai pas respiré ou presque pendant ce spectacle en apnée. Et me voilà ratatinée. Je sors dans la rue où tout me paraît plus juste, plus intéressant, sexy, mystérieux, dense.  

Publié dans culture et confiture

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