L'histoire du pain

Publié le par arille

J'écris ce texte pour tenter de me redonner un semblant d'estime de moi-même, tout en sachant que je ne le fais que pour tenter de remédier à ma honte.

 

Voilà l'histoire : il y a un mois environ, un cher ami, appelons-le JLF, passe en coup de vent. Il est à la fois généreux et misamthrope, ronchon et drôle, enfin un genre comme ça qui le rend attachant. Il laisse des pains de l'Aveyron plutôt carrés et denses à distribuer. Alain doit en donner à ses collègues, moi ma seule tâche est d'en donner un à la fille de JLF qui habite à dix minutes en vélo. Un jour passe, je ne distribue pas le pain car ce jour-là je suis épuisée. Le surlendemain passe, et malgré le fait que je pense au pain, je n'ai pas la possibilité de le donner ce jour-là car je suis prise en soirée dans un association. Le jour suivant, je ne peux pas non plus, car je vais à la maison de la philosophie. Le pain durcit. Il est devenu impossible, même bien emballé, de prétendre qu'on vient de me le donner, surtout que si le père cause à la fille, elle saura que j'ai attendu trois jours pour livrer le pain. Honte à moi.

 

Ce pain prend une importance considérable. Il est là, dans ma commode, bien enveloppé et entouré d'un élastique, comme si. Peut-être faut-il l'échanger contre une bière, ou toute autre denrée acceptable pour les humains normalement constitués. Au moins écrire un texto : je suis une misérable, je ne t'ai pas livré le pain de ton père et en plus je ne l'ai même pas mangé. Pardonne-moi. Elle pourrait me pardonner aisément, j'en suis sûre. Mais JLF, rien n'est moins sûr. Je l'avoue, je flippe. Pour une fois qu'on me confie une mission, je la sabote et en plus je fais comme si rien ne s'était passé. Double honte.

 

Bon bon, rien n'est perdu, peut-être un tour aux canards, histoire de dieliser ce pain, de le piédestaliser. Je sais à quoi vous pensez, mais oubliez le pain perdu, car je ne dispose pas d'un couteau à pain électrique ni d'une scie à métaux.

 

Je n'ai aucune excuse. Je pars donc en Ariège demain pour une durée indéterminée afin d'expier ce pêché. Il y aura du pain sûrement, de la même race ou équivalent et peut-être pourrais-je en ramener un et l'offrir comme si de rien n'était. Mais moi-même je ne crois pas au subterfuge. L'audace nécessaire à un tel plan me manque. Il faut inventer autre chose, peut-être oublier le pain et passer un moment avec la jeune femme charmante à qui il était destiné et qui de toute façon aurait mangé ce foutu pain depuis longtemps.

 

Publié dans UNE HISTOIRE VRAIE

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