Humeur du jour

Publié le par arille

J'adore lire le dictionnaire des trésors de la langue française :

 

 

CHIER, verbe intrans.

 

CHIER, verbe intrans.
Trivial
A. [Le suj. désigne une pers. ou un animal] Évacuer les excréments solides. Aller chier; avoir envie de chier. Synon. aller à la selle, faire caca (fam.). Il n'y avait pas pour eux [les Anciens] de choses que l'on ne puisse dire. Dans Aristophane, on chie sur la scène (FLAUBERT, Correspondance, 1853, p. 137). Des cartes postales représentant (...) tel (...) Allemand chiant de peur à la vue d'une baïonnette (GIDE, Journal, 1914, p. 476).
 Emploi trans. Du pigeon partout, perché, au nid (...), bouffant son petit maïs ou chiant son petit guano (H. BAZIN, Lève-toi et marche, 1952, p. 258). Chier des cordes. ,,Aller péniblement à la selle`` (LITTRÉ).
B. Au fig., expr. et loc. [Le suj. désigne une pers.]
1. Emplois péj., gén. à valeur hyperbolique.
a) [Avec l'idée de dédain, parfois d'offense ou d'outrage] J'emmerde la moitié du monde et je chie sur l'autre moitié (SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, p. 69).
 [Verbe + subst. introd. par la prép. dans]
[P. réf. à une manifestation physiol. de la peur] Chier dans sa culotte, dans son froc. Avoir peur :

1. (...). Tu veux jouer au petit soldat.
Ça vaut mieux que de chier dans son froc, comme toi.
Vous l'entendez : Je chie dans mon froc parce que je dis que l'armée française a pris la dérouillée.
SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949 p. 48.

Chier dans les bottes de qqn. Offenser quelqu'un en lui jouant un tour impardonnable.
Rem. Attesté ds BESCH. 1845, Lar. 19e, Lar. encyclop., QUILLET 1965 et Lar. Lang. fr.
Chier dans la colle. Outrepasser les bornes de la bienséance, exagérer.
Rem. Attesté ds Lar. Lang. fr.
Chier dans la main de qqn. Faire preuve d'une profonde ingratitude. Comment qu'on les remercie [les Allemands]? En leur chiant dans la main (SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, p. 273).
b) [Avec l'idée d'ennui, de contrariété]
 [Verbe + verbe]
Envoyer chier (qqn). Rembarrer (quelqu'un), se débarrasser (de quelqu'un). Synon. envoyer au diable, envoyer paître. Il t'donne un bon conseil et tu l'envoies ch... t'as tout d'la vache (DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919, p. 73).
Interj. Va chier! À la moindre remarque de travers il se foutait en crosse, (...) Va chier! qu'il répondait, brûle-pourpoint (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 201).
 Emploi factitif. Faire chier (qqn).
[Le suj. désigne une pers.] Embêter, ennuyer, contrarier (quelqu'un). Synon. pop. emmerder, faire suer. Tu ne vas pas me faire chier toi aussi avec la politique (S. DE BEAUVOIR, Les Mandarins, 1954, p. 159). Pourquoi que tu veux l'être, institutrice? Pour faire chier les mômes, répondit Zazie (QUENEAU, Zazie dans le métro, 1959, p. 29).
[Le suj. désigne une chose] Ça me fait chier (SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, p. 78).
Emploi pronom. Se faire chier. Éprouver un ennui plus ou moins profond. Synon. pop. s'emmerder, se faire suer. Ce qu'on peut se faire chier dans cette putain d'existence (ARAGON, Les Beaux quartiers, 1936, p. 357).
 Emplois trans.
Chier des lames de rasoir. Être soumis à de mauvais traitements. S'il [Krabbe] vous fout dans sa section, vous n'avez pas fini de chier des lames de rasoir (M. FOMBEURE, Soldat, 1935, p. 31).
Chier du poivre à qqn. S'éclipser furtivement. Et brusquement il s'aperçut que Chaval avait filé au milieu du tumulte (...) Ah! Bougre de salaud, tu as peur de te compromettre hurlait Étienne (...) Tu cherches maintenant à nous chier du poivre (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1424).
2. Emplois intensifs, gén. sans valeur péj., quoique toujours vulg.
 Emplois impers.
Ça chie, ça va chier! Ca barde, ça va barder (cj. chauffer, se gâter). Ça chie dur à Épinal? Ça chiait. À présent ça doit être très calme (SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, p. 100).
Ça ne chie pas. Cela n'a pas d'importance. Rouler de la caillasse... Des fois on a les pognes en sang, ça chie pas, faut rouler tout de même (ESN. 1966).
Rem. Attesté ds Lar. encyclop. et Lar. Lang. fr.
[Introd. par le présentatif il y a] Y a pas à chier. Il n'y a rien à redire; c'est exact, évident :

2. Ils sont ravis que les Allemands soient si forts. Ils se sentent d'autant moins coupables : « Imbattables, y a pas à chier, imbattables. »
SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, p. 204.

Emploi trans. En chier (dur). Synon. de en baver*, en roter*. Le cureton, tu as vu? Il a dit qu'on allait en chier dur (SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949 p. 239).
Loc. adj. À chier partout. Synon. du tonnerre*.
[En parlant d'un repas] Un gueuleton à c... partout (D. POULOT, Le Sublime, 1872, p. 202).
Rem. gén. 1. Dans un souci de bienséance le mot est souvent écrit ch... (cf. supra DORGELÈS, loc. cit.), plus rarement c... (cf. supra D. POULOT, loc. cit.). 2. On rencontre ds la docum. a) Chiant, ante, part. prés. et adj., vulg. Embêtant, ennuyeux, pénible. On a commencé à se rendre compte que c'était chiant d'être travailleurs (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 198). b) Chiée, subst. fém., trivial. Grande quantité. C'est embêtant (...) d'avoir à ses trousses des chiées d'enfants (MIRBEAU, Le Journal d'une femme de chambre, 1900, p. 168). C'est vous qui allez attaquer? Les sidis sont déjà là... et il y a la chiée de canons, vous savez (DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919, p. 173). c) Chierie, subst. fém., trivial. Chose ennuyeuse, désagréable. Quelle chierie! (Nouv. Lar. ill. et ROB. Suppl. 1970). La Vache! Tu mens! Tu mens! c'est des chieries! (CLAUDEL, La Ville, 1re version, 1893, II, p. 354). d) Chieur, euse, subst., trivial. Personne qui va (souvent) à la selle. (Attesté ds la plupart des dict. du XIXe s. ainsi que ds Lar. 20e et Lar. Lang. fr.). Loc. fig., péj. Chieur d'encre. Personne dont la profession consiste essentiellement à écrire : employé de bureau, instituteur, homme de lettres, etc. Et les ouvriers (...) se moquent des « déjetés », des « blaichards », des chieurs d'encre, des « Assis » (J. RICHEPIN, Le Pavé, 1883, p. 289). 3. En fr. région. et en Suisse romande on rencontre le verbe caquer de même orig. que chier, et dans la plupart des emplois de celui-ci, mais avec une moindre connotation de trivialité.
Prononc. et Orth. : [], (je) chie []. Ds Ac. 1694-1932. Prend 2 i à la 1re et à la 2e pers. du plur. de l'imp. de l'ind. et du prés. du subj. (que) nous chiions. Étymol. et Hist. Ca 1202 (Renart, éd. M. Roques, branche 18, vers 16622); 1534 fig. c'est bien chié « c'est bien dit, bien fait » (RABELAIS, I, 5 ds HUG.). Du lat. class. cacare « évacuer des excréments ». Fréq. abs. littér. : 126. Bbg. SAIN. Lang. par. 1920, p. 7, 414.

 

 

 

Publié dans Propos engagés

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Stronzo mascherato 23/02/2012 12:23

Ch'est quand même plutôt escagassant à lire le dichionnaire. Churtout pour chelle qui ch'est fait scier dur à tout reco-ampliationner.