Gueule de droguiste

Publié le par arille

A deux pas de la place Saint-Gorges, rue Saint-Antoine du T, une droguerie se tient là. Elle ne figure pas dans les annuaires cependant, comme en sursis parmi les boutiques de luxes du coin, coincée entre les bijouteries, la lingerie fine, le beau linge. Elle est si exotique dans ce décor somptueux qu’on a eu l’idée d’en faire des cartes postales qui se vendent.

 

J’entre avec un projet précis en tête. J’ai besoin d’une brosse pour enlever les poils de mon chien blanc de mon manteau noir. Il est bien sûr exclu que je rendre « pour voir » ou « au hasard ». On entre dans les boutiques à gueules avec une idée précise, c’est plus prudent, on pourrait sinon se faire rembarrer trop vite. J’ai donc prévu le coup. J’ai un manteau noir, j’ai un chien blanc, mon chien blanc adore sauter et rebondir sur moi, mais je préfèrerais garder à mon manteau noir sa couleur d’origine.

 

J’entre donc, après avoir admiré les rats en plastique de la vitrine et les bouillottes orange. J’expose le problème après avoir dit bonjour. Le jeune homme poli m’écoute puis timidement, il me demande si je préfère les rouleaux qui collent ou les brosses qui brossent. Je lui réponds du tac au tac que j’ai essayé le rouleau qui colle et que cela n’a pas très bien marché. Il hoche la tête, à moitié convaincu, doutant de l’efficacité de la brosse qui brosse dans mon cas, presque désespéré. C’est alors que surgit vivement une femme d’un certain âge, petite et dans un grand dynamisme, comme un personnage de la comédia del’Arte, sauf qu’elle ne fait aucune révérence mais entre directement dans le vif du sujet, preuve qu’elle écoutait la conversation derrière les coulisses. Je réitère ma demande car elle semble animée d’une réelle bonne volonté. En même temps je suis un peu désolée pour le jeune homme qui est définitivement out, nié en tant que force de proposition, réduit en un instant à l’état de figurant, aussi utile que les plumeaux qui l’entourent.

 

Aussitôt la dame sait ce qu’il me faut. C’est une brosse en soie, un article de qualité avec un petit rond en métal doré pour l’accrocher au mur si on veut. Je pense que la dame m’a ciblée, elle a vu que j’étais une personne de qualité et qu’il me fallait un article du même acabit. Tout en me parlant la dame envoie une chiquenaude sur les fesses du jeune homme qui se retourne à ce moment-là, si bien que le geste devient obscène en plus d’être humiliant. Je fais la dame de qualité qui n’a rien vu. Exit le jeune homme. On reste entre femmes, entre professionnelles de l’obsession hygéniste. Pas de poil blanc sur un manteau noir.

 

La brosse en soie (ou bien est-ce une brosse en soies ?) est en bois marron vernis, les poils sont doux et noirs. Elle coûte 8,20€, un article de qualité effectivement. La dame me l’a glissée dans un petit sac et j’ai payé sans broncher. Arrivée chez moi, je l’ai posée et mon chien qui est fou des brosses, de la brosse à dents à la brosse de WC en passant par les brosses à cheveux, s’est montré très intéressé par cet article de qualité. C’est normal, c’est un chien de qualité qui a aussi de la gueule.

 


Publié dans Toulouse

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arille 12/01/2012 16:37

Pamela n'a pas la brosse chien, elle fait tout à l'envers !!!

jlf 10/01/2012 18:47

Avant de brosser le manteau noir, il eut été normal de brosser le chien avec une brosse spécial chien. Qu'en pense Pamela ?