Généreuses poubelles

Publié le par arille

 

hippo

Parfois la vie fatigue. Une pesanteur s’installe, une fatigue. Plus on résiste et plus on s’enfonce. Comment faire ?

 

Il y a bien une chose qui marche mais on y pense peu. Il y a les poubelles.

 

Cette joie à trouver dans une rue, probablement près de chez vous, un objet abandonné qui est parfaitement ce que vous cherchiez (ou plus probablement que vous ne cherchiez pas), un objet gratuit et en excellent état ! Cette joie pure, fragment de paradis, on peut la ressentir à coup sûr, du moins tant qu’il y aura des poubelles.

 

Yves le Pestipon a écrit de nombreux poèmes sur les poubelles. Il devrait être à l’Académie Française rien que pour ça. Je me rappelle sur une scène l’avoir vu embrasser une poubelle sur la bouche, pourrait-on dire, ce qui était un moment d’une grande émotion. Mais il ne fait pas cela que pour la gloire. Il le fait, pour de vrai, régulièrement, en compagnie ou seul, parce que cela lui procure de la joie. Et il fait ainsi grâce aux poubelles, selon ses termes, des « découvertes majeures » qui vont de la peluche abandonnée aux lettres d’amour sans parler bien sûr du concentrateur cosmique. Fouillant lors de la passation d’avril la poubelle du conservatoire occitan, il découvrit, oh beauté, des poils de chèvres et de la sciure de bois de buis d’Ariège. Peau de chèvre et bois de buis ? Il en faut pour fabriquer des cornemuses.

 

Il m’arrive, le soir, après avoir répété de l’accordéon à en avoir mal aux mains, de glisser un regard vers des petites montagnes d’objets abandonnés. Il me faudrait une remorque. J’ai dû renoncer à des merveilles, faute de logistique. La dernière fois encore, un groupe de quatre jeunes filles ont laissé leur joie s’exprimer bruyamment à la vue d’une table de pic-nique avec ses deux bancs intacts ! Table qu’elles ont aussitôt dépliée pour s’y installer en lançant des « C’est trop beau ! C’est trop d’la chance ! »

 

De la chance ? La chance se travaille. On est si négligent et oublieux des poubelles. Pour peu qu’on soit malade ou fatigué, on néglige si vite les poubelles. C’est ainsi qu’hier j’ai failli  passer à côté d’un grand tableau caché sous des planches et prenant l’eau dans ma rue. C’est Alain, qui, attirant mon attention sur le tas de débris, m’a poussé vers ma chance tandis que les enfants, à l’arrière de la voiture, gémissaient mollement des non.  Nous revenions d’une pizzeria et nous avions toutes les raisons de rentrer digérer au chaud. Or ce tableau au cadre doré représente un hippocampe les yeux fermés accompagné d’un poisson clown, d’une coquille Saint-Jacques et d’une étoile de mer. Il est signé Doudou. Tant de générosité apaise.

 

Publié dans POUBELLES

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