De la vulgarité des objets

Publié le par arille

Je voudrais aujourd'hui parler de la vulgarité des objets. Nous la passons sous silence par manque d'attention, trop occupés à pointer du doigt la vulgarité humaine. Or certains objets ont leur vulgarité propre, leur façon de s'imposer à nous bruyamment et d'une manière impolie, si cela avait un sens. 

 

Certaines chaussures couinent comme des petits cochons, couic couic, à chaque pas.  Elles s'imposent à nos oreilles distraites, mais, hautains, nous n'y prenons pas garde. Bon sang et pourtant, les chaussures existent pour nous protéger les pieds, pas pour nous faire de la musique ! Orphelins de nos sens, nous n'entendons rien, si loin que nous sommes de nos oreilles à nos pieds.

 

Et ces planchers plaintifs, ricanants, de ceux qui se lamentent comme des baleines. D'où leur vient, eux qui sont de bois, ce son métallique et strident ? Des coups de lattes ! Au dessus ces voisins vulgaires aussi qui se chaussent de ces petites mules à talons. Je connais des planchers de scène de théâtre qui soufflent une drôle de partition. Nous arrivons pour jouer du bon drame, zouic zouic, le plancher casse l'ambiance, il se croit à guignol ! Un plancher destiné exclusivement à soutenir des clowns, des amuseurs, de ces faiseurs de plaisirs qu'on aime et à la fois qui donnent un peu de honte, zouic zouic.

 

Je ne parle pas des objets vulgaires dans leur forme, ces zizis de céramique, ces tableaux d'un goût à vomir. Ils n'y sont pour rien et ne font que refléter la vulgarité humaine. Ce sont de pauvres choses achetées pour amuser, se moquer, vite jetées et oubliées, sans doute leur faudrait-il un musée que des bobos visiteraient d'un air entendu et vicieux. Quelques dizaines d'années plus tard et la prétendue vulgarité devient merveille de culture. La vraie vulgarité des objets est ailleurs, dans le thermos cassé de l'intérieur, la semelle qui fait langue, l'épilateur qui avale un bout de chair et la ressort bleuie, le soutien-gorge qui fait sauter ses baleines, le bouton de jean qui se défait, la prothèse mammère qui pète. 

 

Méfiance.


Publié dans A BALANCER

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Nanette 08/02/2012 23:33

Merci, j'ai trouvé mon maître !

arille 08/02/2012 23:29

C'est que la poésie et la vulgarité sont parfois les deux faces de la même médaille (médite petite)

Nanette 08/02/2012 20:13

Les chaussures petit oiseau, moi, me mettent du baume au coeur...