Sur les rebords des fenêtres de mon bureau viennent s’ébattre des pigeons. Les pigeons ne sont pas appréciés à leur juste valeur au bureau ; ils sont « sales, bruyants et obscènes ». Pour ma part je les inviterais bien sur mon rebord de fenêtre si ma colocataire de bureau ne pestait pas chaque fois que l’un d’eux s’approche comme s’il s’agissait d’une bête féroce. Je trouverais sympathique l’irruption d’un de ces gros oiseaux idiots dans l’aire aseptisé dédié aux prévisions budgétaires mais les hygiénistes veillent. Les pigeons se tiennent donc à distance. Pourtant l’autre jour, ma colocataire s’est extasiée sur un pigeon. Comme il est joli ! Il a la petite branche dans le bec ! Regarde comme c’est joli !
Le pigeon portait au bec un brin d’herbe. Ce simple brin le transformait en symbole de paix. Il n’était plus l’ignoble bestiole porteuse de toutes les maladies mais Admirable Messager de la Paix. C’est simple, le pigeon au brin d’herbe devenait colombe au rameau d’olivier ! Moi aussi je devais m’extasier. Bien sûr, je restai de glace. Un pigeon avec brin d’herbe reste un pigeon respectable mais en aucun cas admirable.
Je suis inquiète devant ces manifestations hystériques de haine puis d’amour de mes collègues. Je préfère demeurer dans le calme. Pour moi, un pigeon est juste un pigeon, et à moins qu’il n’apprenne à faire des claquettes, inutile de s’affoler. Je m’inquiète aussi pour moi-même. Qu’est-ce que je cache comme symbole ? Mes collègues ne vont-elles pas découvrir que je suis a) une révolutionnaire cachée b) une folle en liberté c) une brave fille d) un vilain pigeon. Je ne sais laquelle de ces hypothèses est la plus effrayante.
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