J’avais de l’estime pour Yasmina Reza dont j’avais lu des livres et vu des pièces. Je lui reconnaissais du talent. J’ai maintenant des doutes sur ce talent ; une habileté certaine, du métier, oui.
Yasmina Reza a entreprit avant l’élection de notre président actuel de le suivre pendant les six mois précédent l’élection au long de la campagne présidentielle. Quel étrange projet ! Personne, parmi ses amis, ne le comprend, à moins que… Est-elle amoureuse ? Ambitieuse ? Peut-être juste curieuse. Curieuse de voir comment un homme de pouvoir atteint son but. Sans doute pense-t-elle, elle si subtile, elle qui aime décortiquer les choses, qu’il y a là matière à étudier.
Toute la question est là. Y a-t-il quelque chose à comprendre ? Le livre entier est un aveu d’impuissance. Yasmina peut parler, observer, espionner tant qu’elle veut, à la page 138 elle dira « Je ne peux rien tirer de cette conversation réelle, je veux dire rien pour l’écriture ». Yasmina tente de percer le mystère Nicolas. Où a-t-elle vu un mystère ? Pourquoi habiller son livre de poésie ? Il aurait dû s’appeler « No culture » ou « L’homme qui aimait les montres » ou « Buste raide et jambes folles ». Lui-même s’avoue vaincu, incompris de lui-même. Il s’étonne, une fois qu’il a atteint son but, de ne rien ressentir, condamné à se donner un autre but.
Souvent consternée par les réactions de l’homme qu’elle observe, elle note, piégée par la proximité qu’elle s’est imposée, le tutoiement, et refusant pourtant d’entrer dans ce qui pourrait être une véritable observation cynique d’un ambitieux au travail. A la fois extérieure et trop proche, la vraie question est celle-ci : pourquoi ce portrait ? Pourquoi de cette impossible façon ?
La réponse est peut-être dans ces remerciements étranges en fin de livre « A tous les malheureux qui ont dû chercher mon portable, mes lunettes, ma trousse de maquillage, et ainsi de suite… » La trousse de maquillage serait-elle à Yasmina ce que la montre est à Nicolas ? La volonté absolue de séduire malgré la culture et l’intelligence pour l’une et (peut-être) l’inverse pour l’autre ? Dans l’édition en livre de poche parue tout récemment figurent trois articles de presse. L’allemande souligne la vacuité du monde politique et indique que c’est aussi un autoportrait. L’Américain dit que c’est au lecteur de décider si rien n’est dit ou, au contraire, que tout est révélé. L’Espagnol termine par une phrase citée par Yasmina : « Il n’est même pas sûr qu’il y ait quoi que ce soit » à propos de l’homme qui, à mesure qu’on s’approche, se dissipe dans la brume du matin.
Peut-être fallait-il montrer ce rien.
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