Ma journée sous antidépresseur

Publié le par arille

 

Lorsque j’ai pris la décision de vivre l’expérience d’une journée sous antidépresseur, cette idée m’a excitée au point que je me suis réveillée plusieurs fois dans la nuit à me retourner côté droit, côté gauche et à plat pour finir.

 

Mon inquiétude principale était que mon cerveau se mette à produire des jeux de mots à caractère sexuel de façon incontrôlable et que je me mette à rire et à raconter des horreurs sans pouvoir m’arrêter pendant ma journée de travail.

 

J’étais ce matin assez mal coiffée parce que la veille j’avais passé deux heures à mariner dans l’eau chaude d’un complexe sportif que je n’utilise que pour son eau chaude, tiède et fraîche, ses cascades et ses jets d’eau sous-marins excellent pour masser la graisse. Normalement ma crinière m’énerve. Les femmes de ma famille livrent ce combat  de lissage de crinière depuis des générations en vain. Mais ce matin, je me suis contentée de passer ma brosse à cheveux dedans sans autre état d’âme.

 

8H J’avale la petite pilule jaune. Le thé me paraît insuffisant. J’en boirais bien une autre théière mais mon chauffeur s’impatiente. Il me propose d’offrir à une collègue un hors série de Télérama sur le peintre Courbet que nous avons déjà. En le feuilletant je vois beaucoup de fesses dodues, sans parler de l’origine du Monde. Comme j’exprime mes craintes que le cadeau ne soit pris pour une avance, Alain me dit sur un ton provoquant « Offre-le à ton chef ! »

 

Je ne me trouve pas plus belle en me lavant les dents mais les contours de mon corps sont plus nets, mes yeux plus dessinés. Dans le métro deux jeunes filles critiquent des classes entières, ce qui me surprend. J’ai souvent entendu des profs critiquer leurs classes mais je vois cette attitude de plus en plus chez les jeunes ; je n’arrive pas à comprendre comment on peut jeter aux orties une classe entière. Un petit garçon noir écoute les deux jeunes filles avec un grand intérêt, à côté de sa maman aux larges cuisses.

 

9H Le directeur vient me saluer en me disant « Alors vous, ça va toujours très bien, vous êtes la seule à me dire ça, c’est incroyable, toujours très bien, et moi aussi ça va très bien… » Et il repart avec sa cravate et son chandail. Discussion de café avec les collègues. Tout le monde est en rond. Angéline a pris rendez-vous avec un professeur de piano, elle est ravie. Elle dit que je lui ai donné l’impulsion pour s’y mettre, avec mon accordéon. Je suis ramenée à mon bureau par quelques questions téléphoniques. Mes correspondants se répandent en remerciements « Heureusement qu’on vous a », « Désolée, j’ai encore besoin de votre perfusion… »

 

10H  11H  12H… Je ne fais strictement rien à part lire le scénario d’Anna. Je regarde aussi dehors la couleur des briques, des tuiles, les oiseaux. Marie est effondrée parce que ses parents se sont fait cambrioler par de faux contrôleurs de l’eau. L’un s’est présenté à la porte tandis que l’autre passait en cachette par la fenêtre et volait cartes bancaires, argent et bijoux. Je téléphone à ma mère qui habite dans ce quartier et à Anna pour leur dire de se méfier. Une collègue m’apporte un travail qui concerne mon ancienne mission ; le tampon d’arrivée indique début décembre, elle a donc mis plus d’un mois à me le donner… Je vais aux archives en faisant plaisamment résonner mes bottes par terre et je ne trouve rien. J’ai une discussion avec des collègues qui refusent de faire un travail qui m’est utile pour mon propre travail. Je n’élève pas la voix, je décide que le contrôle que je fais grâce à leur travail peut être fait différemment. Ce qui m’amuse c’est que l’argument mis en avant dans la discussion, économie de papier, est très tendance. 

 

13H Alors que je marche dans la rue des hommes me regardent étrangement. Je me rends compte que j’ai un sourire hilare sur la face. J’essaie de le masquer avec mon écharpe.

Je ne trouve pas la petite veste jaune soldée repérée qui devait me transformer en femme mystérieuse et d’une folle élégance, une Michèle Obama blanche, veste pour laquelle j’ai supplié mère et mari de participer à ce cadeau parfait et à peine en avance d’un mois sur ma fête. A peine dépitée, je m’amuse à essayer des robes légères que je n’ai pas l’intention d’acheter. Pour finir je dévore un normand. C’est un sandwich pâteux vendu à Monoprix empli de beurre de camembert et de cerneaux de noix.

 

14H Je convaincs Maud de me faire participer à toutes ses pauses cigarettes du lendemain, bien que je ne fume pas. Elle trouve l’idée amusante. Je lui  promets que ce n’est pas pour l’espionner. Moi aussi j’ai des idées bizarres, m’assure-t-elle.

Marie que j’ai mise dans la confidence de mon projet privilèges de tous m’a proposé de participer en tant qu’expérimentatrice, à condition qu’il ne s’agisse pas d’expériences sexuelles. Je l’ai rassurée sur ce point. Nous avons une discussion sur les privilèges des chefs. L’un de ces privilèges est de faire copain copain, de boire le café (mieux, de le voler), et au moment où nous sommes en confiance, de nous rappeler qui est le chef. Comme Pink Lady qui me croit coupable de délit d’initié en ce qui concerne le nom de sa remplaçante. En réalité au café je donne des indices en mimant l’épaisse chevelure de la remplaçante supposée. Pour mon malheur j’ai trouvé juste, si bien que Pink Lady vient me voir en me disant qu’elle ne rigole pas. Je manque lui dire que c’est dommage. Elle veut annoncer elle-même le nom de sa remplaçante. Elle ne veut pas que cela fasse l’objet d’une devinette, voire d’un pari. Quel ennui.

 

15H Je baille beaucoup. Marie me dit que je ne baille jamais d’habitude. J’entends la collègue qui m’a passé le travail avec plus d’un mois de retard affirmer sur une autre affaire qu’elle a sa conscience, qu’elle a fait son boulot. Comme je la vois de l’autre côté du couloir, je lui fais coucou de la main et elle répond pareil.

 

16H Marie revient du bureau du chef avec du travail à faire qu’elle aimerait me faire partager. Je lui dis que je suis à son entière disposition mais elle continue à travailler seule en parlant à haute voix. Tout d’un coup elle réalise qu’il est 16H, qu’elle doit retrouver sa mère à la banque à cause de cette histoire de vol, parce que les voleurs ont utilisé sa carte sur Internet. Elle se lève d’un coup, enfile son manteau et s’en va.

 

Je suis bercée par le cliquetis du clavier de la jolie Caroline. Exceptionnellement j’ai très peu de travail en ce moment, à d’autres périodes j’arrive à peine à faire face mais là c’est très calme. J’ai claironné à droite à gauche que je pouvais donner un coup de main aux autres, mais pour l’instant je suis laissée à mon oisiveté. J’ai même envisagé de terminer un site Internet pour des amis au bureau mais aujourd’hui je n’ai pas amené mon ordinateur. L’idiotie est que je suis obligée de rester au bureau même si je n’ai rien à faire alors que quand j’ai du travail par dessus la tête mes heures sup ne sont pas comptées. Il n’est même pas cinq heures et je n’ai qu’une envie, me rouler dans ma couette comme dans les bandes dessinées quand le type qui dort fait Zzzzzzz Zzzzzzzz.

 

17H Nous avons prévu avec Anna de nous retrouver à cette exposition mystère mais j’ai froid et envie de dormir, aussi je décide de rentrer à la maison. J’entends Caroline dire qu’elle en a assez de materner ses correspondants. Je lui dis que je suis très contente des miens, mais que ça fait plus d’un an que je les maintiens sous perf. Je réfléchis aux privilèges des jeunes cadres comme Caroline. A part répondre au garde à vous quand on l’appelle, accepter les boulots les plus durs, reprendre au vol les missions oubliées dans les tiroirs, arriver tôt et partir tard, je ne vois pas. Elle n’a même pas la Dépêche gratos ni Le Monde. C’est vrai que son salaire est plus gros que le mien, qu’elle a plus de responsabilités mais elle ne peut même pas les faire valoir puisque c’est son patron qui récupère son travail. Tandis que moi j’ouvre ma grande bouche quand je veux, je pars manger et je reviens quand je veux et je peux me contenter de faire les heures minimum.

 

18H Je ne me tiens pas dans le métro, ça fait travailler les muscles des jambes et l’équilibre. Je rentre vite à la maison où une vaisselle m’attend. Je la fais sans broncher. A l’intérieur je suis très en colère mais je dis calmement « Je voudrais que la prochaine fois la vaisselle soit faite quand je rentre » et au lieu de la dispute habituelle, la descendance  me répond « C’est normal » (sic).

 

19H Je tente un peu d’accordéon, je sais que ça ne va pas marcher, je suis trop ramollo pour tenir un rythme. J’essaie. Pas mal pour les valses lentes, le reste est du vomi.

 

20H Comme le temps passe quand on est chez soi. Anna découpe des bouches de femmes et des fesses d’hommes dans des magazines. Elle me tend une interview de Marc Levy que je lis : ce type aime tendrement sa femme et son luxe c’est de manger un œuf dur tous les matins…

 

21H Demain est la journée des privilèges de fumeurs (pauses cigarettes). Je vais me préparer des carrés de chocolat pour les accompagner, car je ne vais pas me mettre à fumer. Maud me suggère de faire du crochet pour occuper mes mains, j’y penserai sérieusement si un jour je me retrouve dans une prison pour femmes.

 

Alain a proposé de choisir un bon film et il a choisi un match de rugby. Il s’étonne « On dirait que tu es en colère » fait-il remarquer. Je pose tout ce que j’ai raté sur la table sauf la pizza brûlée. Malheureusement la pizza de remplacement a été faite avec une pâte sablée. A la télé tout le monde se vautre dans la boue.

 

22H Le ventre plein, je pense à ce site Internet que je dois absolument terminer, à mes oncles tantes et cousines que je dois absolument appeler, je pense à mon repassage. Je montre à Anna les découpages que j’ai fait dans le magazine de mon administrakion. Nous sommes d’accord pour trouver les images bien plus amusantes que sur ses magazines féminins. Il y a un gros bonhomme qui a écrit un livre d’histoire, une fille qui parle près d’un hélicoptère mais on dirait qu’elle fait un baiser, un homme politique avec un collier de fleurs autour du cou et une cravate dessous, il y a aussi un obsédé de Spiderman. Il pose dans un tee-shirt Spiderman entouré d’affiches et d’objets dérivés. Il est heureux. Moi aussi.

 

Je relis la page que j’ai écrite pour demain, pour la remettre à mon coauteur tandis qu’il me remettra la sienne. J’atteins alors la béatitude. Un auteur qui se lit lui-même est toujours très content. C’est comme ça, ceux qui disent le contraire sont des menteurs.

 

Je tire la conclusion de cette expérience avant de fermer mes jolis yeux. Au travail, je n’ai rien fait. Dehors, je n’ai pas visité d’expositions ni fait de rencontres amusantes. Je me suis laissée vivre en lançant quelques petits commentaires spirituels. Une véritable vie de bigorneau.

 

 L’idéal, ce n’est pas de prendre des antidépresseurs, ce serait que les autres en prennent. Ainsi, ils seraient plus patients, plus doux et moins soupe au lait. Le mieux serait d’en saupoudrer le repas du soir.

 

Bonne nuit mes chéri(e)s !

 

Demain, une expérience qui révèlera le dessous des fumeurs : que se passe-t-il pendant les pauses cigarettes ? Je le saurai demain !

 

Publié dans PRIVILEGES

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Achat Or 27/03/2009 08:21

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