Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La fracture

Publié le par arille

Des amis m'avaient dit que les accidents n'arrivaient pas par hasard. Ils arrivaient quand vous n'en pouviez plus. Vous étiez alors envoyé à l'hôpital non sans avoir souffert le martyr aux urgences pendant des heures. L'accident vous révélait la vérité sur vous-même et sur le choix de vie aberrant que vous meniez avant. L'accident était toujours idiot, imprévisible, mais comme déjà dit, il n'arrivait pas par hasard. Autrement dit, il vous révélait votre idiotie et c'était une chance à saisir pour en sortir, si tenter d'en sortir n'était pas une autre idiotie.

 

Une seconde avant l'accident j'étais en train de rire et de faire le pitre. Je prenais des selfies avec ma petite Ella. Nous nous balancions sur une grosse balançoire hamac, elle sur mon ventre. Mon mari nous poussait un peu fort. J'ai voulu freiner et mon pied s'est retrouvé coincé entre le sol et la balançoire. Juste après, je n'ai pas pu poser le pied par terre. J'ai pensé que j'avais une entorse. Je suis allé travailler le lendemain, je suis allé au sport. Lors de l'échauffement en faisant des pas chassés je me suis fait mal mais j'ai réussi à faire quelques montées et des figures. Au bout d'une semaine, j'ai passé une radio qui a montré une fracture spiroïde du péroné, qu'on appelle la fibula parce que c'est quand même plus classe en latin. Le docteur qui a effectué la radio m'a appelée alors que j'attendais les résultats dans la salle d'attente et a voulu que le monsieur assis à côté de moi vienne aussi. Mais il n'est pas venu car on ne se connaissait pas, le médecin a paru déçu. Et là, à deux pas des portes de la salle d'attente, ennuyé de me dire que j'avais une fracture, il penchait la tête en insistant pour que je ne reparte pas seule.

 

Ensuite, mes amis sont venus me voir et c'était chouette. Beaucoup de gens ont pris de mes nouvelles. Certains me conseillaient de prendre des produits "un peu chers" mais utiles pour mon problème comme de la silice ou d'autres substances inattendues. Ces substances, mes amis prenaient la peine de les écrire sur des papiers, des textos, des mails. Les seules substances que j'ai prises pour renforcer mes os ont été du roquefort et du chèvre en alternance avec du chocolat et du thé. A quel point les gens sont têtus c'est inimaginable, ils s'imaginent que vous êtes obtus en refusant d'acheter leurs remèdes non conventionnels. Quitte à prendre du placebo, autant le choisir soi-même. Du reste, ma petite Ella m'embrassait tous les jours le pied pour le guérir et mon chien posait délicatement sa tête dessus quand je m'allongeais sur ma chaise longue au soleil.

 

Mes amis pensaient que je m'ennuyais. C'est loin d'être le cas. J'ai des centres d'intérêt en stand bye pour plusieurs vies, des conférences à écrire, des projets de loisirs créatifs à profusion. des perles attendent d'être montées, des échevaux d'être transformées en pelotes et les pelotes d'être transformées en pull, en mitaines, en ponchos. Des objets en métal collectés attendent d'être émaillés, des carnets et des stylos attendent les histoires, les nouvelles et les romans à écrire. Des caisses de photos attendent d'être classées, les tissus en fourrure, en satin et en jean attendent d'être transformés en vêtements superbes, les recettes innombrables attendent les ragoûts, les beignets, les verrines délicates. Les vieux jouets de mon enfance attendent que je décide de leur sort en me regardant avec leurs beaux yeux de verre. Les cailloux ramassés, les coquillages récoltés, les bois et les lichens se cachent pour éviter le coup de folie raisonnable qui emplirait un gros sac poubelle. Les enveloppes attendent les lettres de remerciement qui attendent d'être écrites et envoyées. Sans compter les rangements à faire dans la maison, les tris, les vêtements d'hiver à mettre en cartons, les vêtements trop petits à trier et à garder pour une autre occasion ou à donner. Les sketchs de clown à écrire et à préparer avec les costumes et les accessoires. Les amies lointaines à rappeler. Les priorités à décider entre tout ça. Et aussi, puisque je suis là, chez moi, que ma famille pense que je suis entièrement disponible, c'est vrai, qu'ai-je d'autre à faire que me reposer en mettant soigneusement mon petit pied en hauteur sur un coussin douillet, les repas à préparer, la table à débarrasser, les films d'animation à regarder en anglais avec la petite en traduisant au fur et à mesure.

 

Aussi je décidai de continuer à aller faire le clown tous les lundis. Là, on se fichait de ma tête et de mon pied, on me bousculait presque, on me faisait rire et je buvais une bière ou deux en mangeant des chips. Ni les béquilles ni la fracture n'attendrissaient personne, c'était rafraîchissant.

 

Après un mois et demi de ce régime étrange pendant lequel j'étais présente tel un hologramme pour le bureau puisque je répondais aux questions sans avoir ni documents ni logiciel sous les yeux, le temps de se lever était venu. Oui, car je circulai dans la maison sur une chaise de bureau à roulettes de façon à pouvoir transporter un bol de thé, une enfant de deux ans, un plat sortant du four, trois livres, un ordinateur et d'autres objets indispensables à mon bonheur. Le docteur donc, un jour, m'autorisa à poser le pied par terre ! Joie ! Je gagnai en grandeur et en dignité d'un coup ! Il faut dire que j'avais beaucoup perdu en la matière puisque je rampais dans les escaliers afin de gagner du temps et de réduire les risques en abaissant mon centre de gravité. Debout ! Le premier jour fut euphorique , le deuxième joyeux et le troisième me laissa exsangue et découragée : je n'avais plus que six jours pour marcher normalement avant de reprendre le travail et je me traînais lamentablement à la vitesse d'un escargot.

 

Il manque une chute à cette histoire.

Du nouveau avec des beaux yeux coquins

Publié le par arille

 

Depuis bientôt deux ans et cinq mois cette petite fille est entrée dans nos vies et plus comme jamais.

Ella nous parle comme j'avais oublié, un language particulier, Bzzz c'est l'insecte, voum la voiture, miam miam manger... 

Ella n'est pas avare de baisers, elle chantonne, elle rit. Ella a aussi peur du loup, la nuit. Le placard, ce matin, en contenait encore, jusqu'à ce qu'on vérifie bien.

 

 

Publié dans AMOUR

Partager cet article

Repost 0

Fellag parle de son spectacle Bled Runner !

Publié le par arille

Fellag sur france Inter : Bled Runner

  • Bonjour Fellag
  • Bonjour Augustin
  • La colonisation, on en parle trop, mal, pas assez pour vous ?

  • Ecoutez, déjà votre billet m'inspire une idée pour parler de ce spectacle Bled Runner, c'est que c'est une exploration de la colonisation vue par un enfant de cinq ans, donc c'est un regard décalé, détaché, qui permet de voir des absurdités que l'adulte ne voit pas. Ce qui est intéressant, c'est de raconter des histoires qui sont totalement folles qui sont liées à la colonisation, mais qui sont bourrées de poésie, d'absurdités, d'interprétations bizarres de ce qui se passe autour, parce que c'est comme la guerre quand je dis que pour un enfant de cinq ans la guerre est un jeu c'est comme au cinéma, il y a de l'ambiance, il y a des avions qui passent...

  • Mais vous avez remarqué dans le discours politique français c'est un refrain ce terme de colonisation, c'est pareil en Algérie ?

  • C'est pareil en Algérie, oui, c'est un fond de commerce très très très puissant

  • Comment vous aimeriez qu'on en parle, alors ?

  • J'aimerais qu'on en parle de façon vraie, c'est à dire que la colonisation est aussi ancienne que l'histoire de l'humanité, à chaque fois qu'un peuple est puissant, à chaque fois qu'il a des ambitions à chaque fois qu'il a une envie ubuesque d'aller ailleurs, de chercher du blé, de la terre, de la place, de l'eau, il colonise son voisin, donc les histoires de colonisations sont absolument inépuisables depuis la naissance de l'humanité, moi ce qui m'intéresse c'est que cette colonisation-là de la France vis à vis de l'Algérie, c'est les couleurs de cette colonisation, parce que dans cette colonisation, n'oublions pas qu'il n'y a que dix pour cent, quinze pour cent de vrais colonisateurs, c'est à dire ceux qui prennent les terres, qui bouffent tout ce que l'autre possède, qui tuent, qui torturent, mais qu'il y a aussi le petit peuple qui vient de toute la Méditerranée, des chefs de gare, des instituteurs, des fonctionnaires, des chauffeurs d'autobus, des petits agriculteurs qui vont tout simplement dans un autre pays pour trouver du travail pour nourrir leur famille parce que dans leur pays d'origine ils sont encore plus pauvres qu'ils ne l'étaient. Mais après, il y a l'esprit du pauvre qui a une place dans la hiérarchie ; on est beaucoup plus riche que le plus pauvre des pauvres qui est le colonisé.

  • Vous avez cette phrase lapidaire très forte dans votre spectacle: vous dîtes la France a raté sa colonisation, on a raté notre indépendance, qu'est ce que vous voulez dire ?

  • Vous avez raté votre colonisation, nous avons raté notre indépendance, nous sommes quittes ! Donc on recommence à zéro, L'essentiel c'est l'avenir, créer un avenir commun, de compréhension, d'amour, de vraies relations , que le passé soit interprété, soit joué soit chanté,soit mis en discours politiques, mais que le plus important c'est de construire l'avenir d'une autre façon, qu'on oublie tout ce qui justement fait mal, surtout qu'on oublie ce fond de commerce des gouvernements, parce que nous au théâtre, on parle de peuple à peuple, moi je ne parle pas de gouvernement à gouvernement, je parle de peuple à peuple

  • Et vous parlez en français, Fellag, ce qui relie encore nos deux pays, c'est aussi cet héritage linguistique, quelle langue est-ce pour vous, le français ?

  • Et bien pour moi, la chance que j'ai, c'est justement d'être né au carrefour de ces trois civilisations, puisqu'il y a la langue berbère, arabe et française, et je suis né au moment où le gâteau Felag commençait à bien prendre et il a pris les trois langues de façon amoureuse, et du coup, je suis au coeur de ces trois civilisations, de ces trois langues, et la langue française, à ce moment-là, dans mon enfance, était la langue ciment des trois. Cela me permet, grâce à la littérature française, au cinéma, à la rencontre avec des Français, au fait d'avoir vécu avec eux, d'avoir passé mon enfance avec une partie d'entre eux, ça m'a permis de les connaître, donc cela me permet de parler, ça me donne le droit et la liberté de parler très librement des trois composants, et de façon amoureuse.

  • Et ce qui est passionnant c'est qu'à travers votre spectacle c'est tout un pan de l'histoire algérienne que l'on réapprend. Fellag vous racontez comment à l'école on passe d'un enseignement en français à un enseignement en arabe, quel souvenir vous avez de cette transition, qui est assez violente quand même ?

  • C'est très très violent, on le verra dans le spectacle, c'est que d'abord c'est violent du point de vue linguistique, c'est pas la même langue, ce ne sont pas les mêmes règles, c'est pas la même façon d'enseigner, et l'enseignement en arabe a été décidé par le pouvoir, le premier pouvoir de l'indépendance algérienne, en se disant que on allait supprimer toutes ces matières enseignées par les français ne sont pas très bonnes, la mythologie grecque, tous ces dieux qui se marient entre eux, qui se poignardent, qui forniquent avec les machins des demi-dieux alors qu'il n'y a qu'un seul dieu, etc, donc pas de mythologie grecque, la philosophie, c'est une chose qui permet comme dit hier sur France Culture, c'est ce qui permet de voir ce que les yeux ne voient pas, et nous déjà on essaie de cacher ce qu'on voit avec les yeux, si en plus on leur apprend à voir ce qu'on ne voit pas à toute une génération, ça va être terrifiant ! C'est quand même une génération, celle de l'indépendance, qui s'est emparé du pays et qui le garde depuis 54 ans.

  • Et on va défranciser vraiment la langue, vous parlez d'une émission qui mélange tout

  • Voilà, ça c'est le peuple dans la vie, c'est l'école, on ne fait que de l'arabe et c'est de l'arabe qui vient de l'Arabie Saoudite, donc le français venu de France, nous on est Berbère et Arabe mais c'est un berbère et arabe très très différent, mais ensuite on nous a donné une autre langue totalement inconnue qu'on ne lisait pas, qu'on ne voyait pas au cinéma, qi'on ne connaissait pas, c'est une langue qui ne se parle pas d'ailleurs, c'est une langue de colloques, de religion, scientifique, mais qui n'est pas parlée, c'est à dire qu'à l'université, le professeur de science ou de n'importe quelle matière vous parle en arabe un peu comme le latin, il vous parle en arabe classique, mais dès qu'il a fini le cours, il vous parle en arabe dialectal, en arabe populaire

  • Donc ce n'était pas du tout efficace ?

  • Ce n'est pas efficace ni incarné du tout par les émotions, par les rêves

  • Vous dîtes que ça a abêti la population ?

  • Absolument! Parce que c'est une langue dogmatique qui n'est pas vivante, mais l'arabe ou le berbère de la rue, lui, est mélangé de français, de ce que le peuple a appris dans le mélange avec les Français

  • quand vous regardez l'Algérie aujourd'hui, Fellag, vous voyez quoi ?

  • Eh bien je vois une catastrophe, à cause de l'école surtout, à cause de cette école qui a cassé les fondements de l'apprentissage de la liberté, de la connaissance de l'autre, de l'ouverture vers le monde, de cette langue française qui d'ailleurs était notre relation avec le monde de la modernité, le monde moderne, et que le choix de la langue arabe nous a figé dans un temps révolu, un temps qui n'existe pas concrètement

  • Mais pour autant, vous, vos spectacles, vous ne les avez pas toujours écrits en français, si ?

  • Je les écris en fançais, mais j'ai joué en arabe, j'ai joué en berbère, j'ai d'abord joué en berbère, j'ai joué en arabe dialectal, c'est à dire en arabe populaire, qui est un très joli arabe qui a eu le temps de se maturer pendant des siècles et qui a été allégé, qui est devenu extrêmement sympathique, extrêmement doux, la chanson par exemple en arabe, est un immense réservoir de poésie en arabe, est d'une très très grande beauté

  • C'est très beau tout ça Fellag mais je remarque que votre spectacle s'appelle Bled Runner, un français anglicisé, vous savez que les auditeurs de France Inter ne parlent pas forcément anglais, ça mérite une explication ?

  • Mon premier spectacle en France s'appelle Djurdjurassique Bled et comme c'est une boucle après six ou sept spectacles que j'ai écrit, j'avais envie qu'il y ait le mot bled, c'est pas du tout pour le surexploiter, c'est surtout pour qu'on retrouve bled. Le vrai sens c'est le coureur du bled, c'est celui qui veut se tirer du bled, ceux qui sont sur leur barque et qui essaient de quitter le pays pour aller en France, pour aller en italie, en Allemagne, partout, mais il y a les souvenirs, l'amour pour le pays qui nous attirent, donc nous on fuit le bled mais le bled nous court derrière, et quand on est parti on revient, quand on est revenu on a envie de repartir, c'est cette schizophrénie-là qui m'intéresse.

Les poissons rouges

Publié le par arille

Les poissons rouges

je parle des poissons, des poissons rouges de l'océan Indien. Ce sont des poissons discrets, difficiles à voir. Mais par temps de pluie, quand les vagues se calment et que l'eau semble se figer comme un gel, les poissons rouges sortent de leurs grottes. Ces poissons ont de grands yeux qui leur permettent de voir dans le sombre. C'est une rencontre exceptionnelle. Il faut braver la pluie pour se mettre à l'eau et parfois des interdictions comme des panneaux qui parlent de pollution. Les poissons rouges sont plus libres sous la pluie, dans la lumière d'ombre. Ils sont plus lents, plus tranquilles.

C'est par une telle journée que j'ai vu deux poissons s'embrasser sur la bouche en tournant lentement l'un autour de l'autre dans une clairière d'eau bleue, il y a deux ans. Je ne peux plus faire comme si je n'avais pas vu ces deux poissons s'aimer avec autant de grâce. Je ne peux éviter de me poser de questions sur ma capacité d'humain à aimer aussi bien.

Publié dans animal

Partager cet article

Repost 0

Une balade à vélo à Toulouse, terre d'aventures

Publié le par arille

J'ai la chance d'être un des cinq lauréats d'un concours de nouvelles organisé par la maison du vélo à Toulouse qui avait pour thème Toulouse terre d'aventures ! 

 

A l'occasion de ce concours, la maison du vélo (située près de la gare de Toulouse) organise une balade littéraire qui part le jeudi 6 juin de la maison du vélo à 19h. Les différents lieux décrits dans les nouvelles seront découverts, les nouvelles seront lues et traduites en langue des signes. Une belle aventure pour découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles personnes, alors n'hésitez pas, on roulera de concert !!!

 


Publié dans Toulouse

Partager cet article

Repost 0

Jouer

Publié le par arille

vendeuse.JPGchanteuse.JPGLIZ.JPG

La pièce "Sortir de sa mère" de Pierre Notte nous a permis d'explorer des personnages loufoques et fracassés. Sur la première photo je suis une vendeuse de boites imaginaires, dans la deuxième une chanteuse qui rêve "au derrière de Mortimer" et sur la troisième photo je suis Liz Taylor en personne !!!

Trois soirées à part, et beaucoup de plaisir partagé. Maintenant que c'est terminé, d'autres projets germent aussitôt...

Publié dans JOUER

Partager cet article

Repost 0

L'histoire du pain

Publié le par arille

J'écris ce texte pour tenter de me redonner un semblant d'estime de moi-même, tout en sachant que je ne le fais que pour tenter de remédier à ma honte.

 

Voilà l'histoire : il y a un mois environ, un cher ami, appelons-le JLF, passe en coup de vent. Il est à la fois généreux et misamthrope, ronchon et drôle, enfin un genre comme ça qui le rend attachant. Il laisse des pains de l'Aveyron plutôt carrés et denses à distribuer. Alain doit en donner à ses collègues, moi ma seule tâche est d'en donner un à la fille de JLF qui habite à dix minutes en vélo. Un jour passe, je ne distribue pas le pain car ce jour-là je suis épuisée. Le surlendemain passe, et malgré le fait que je pense au pain, je n'ai pas la possibilité de le donner ce jour-là car je suis prise en soirée dans un association. Le jour suivant, je ne peux pas non plus, car je vais à la maison de la philosophie. Le pain durcit. Il est devenu impossible, même bien emballé, de prétendre qu'on vient de me le donner, surtout que si le père cause à la fille, elle saura que j'ai attendu trois jours pour livrer le pain. Honte à moi.

 

Ce pain prend une importance considérable. Il est là, dans ma commode, bien enveloppé et entouré d'un élastique, comme si. Peut-être faut-il l'échanger contre une bière, ou toute autre denrée acceptable pour les humains normalement constitués. Au moins écrire un texto : je suis une misérable, je ne t'ai pas livré le pain de ton père et en plus je ne l'ai même pas mangé. Pardonne-moi. Elle pourrait me pardonner aisément, j'en suis sûre. Mais JLF, rien n'est moins sûr. Je l'avoue, je flippe. Pour une fois qu'on me confie une mission, je la sabote et en plus je fais comme si rien ne s'était passé. Double honte.

 

Bon bon, rien n'est perdu, peut-être un tour aux canards, histoire de dieliser ce pain, de le piédestaliser. Je sais à quoi vous pensez, mais oubliez le pain perdu, car je ne dispose pas d'un couteau à pain électrique ni d'une scie à métaux.

 

Je n'ai aucune excuse. Je pars donc en Ariège demain pour une durée indéterminée afin d'expier ce pêché. Il y aura du pain sûrement, de la même race ou équivalent et peut-être pourrais-je en ramener un et l'offrir comme si de rien n'était. Mais moi-même je ne crois pas au subterfuge. L'audace nécessaire à un tel plan me manque. Il faut inventer autre chose, peut-être oublier le pain et passer un moment avec la jeune femme charmante à qui il était destiné et qui de toute façon aurait mangé ce foutu pain depuis longtemps.

 

Tous (nos) égos

Publié le par arille

 

 

Depuis quelques mois je suis des cours de philosophie à la maison de la philosophie de Toulouse. Ce soir, nous avons appris des choses fascinantes sur l'atomisme psychique. Je voudrais vous les faire partager.

 

Nous vivons dans l'illusion que nous avons un moi stable et cohérent. En réalité, nous sommes composés d'une multitude d'égos. Cela entraîne un phénomène de dispersion et de fragmentation du moi. Le moi n'est pas unique mais pluriel. Notre moi n'est pas composé de facettes d'une même structure centrale, mais d'une multitude d'unités psychiques, les égos, qui ont chacune leurs mémoires, leurs envies propres, et qui s'ignorent l'une l'autre. D'où les sautes d'humeur et les contradictions.

On peut passer d'un égo à un autre en moins d'une seconde. Lorsque nous sommes captés par un égo, notre état de conscience diminue et nous sommes dans une infraconscience. On connaît bien ce phénomène quand on conduit une voiture sur un chemin habituel. Il arrive qu'on se retrouve à conduire d'une manière machinale sans avoir conscience de ce que l'on fait.

 

Les égos sont créés par les divers champs d'intérêt ; vie professionnelle, thèmes... Plus on leur donne d'importance et plus ils sont capables de s'autoactiver par une sorte de bavardage intérieur. Je est une sous-partie qui ignore le restant. Pour cette raison il est difficile d'être objectif quand il s'agit de soi. Passant d'un égo à l'autre (tout nous y pousse), nous perdons aussitôt la mémoire de notre égo précédent.

 

Les égos ne disparaissent pas. Une personne qui a une pulsion criminelle dans son adolescence pourra la voir se réactiver des années plus tard. Chaque égo vit dans l'ignorance totale des autres. Ce qui explique nos contradictions. Nous sommes capables de décider un régime et de boulotter un paquet entier de bonbons dans la seconde qui suit. Comme nous admettons difficilement d'être aussi versatile, nous avons tendance à accuser des influences extérieures. Ce sont bien pourtant nos égos personnels qui nous jettent dans la confusion, l'infraconscience.

 

Dans ces états de sous-conscience, l'égo dans lequel nous sommes est-il bien adapté au contexte ? Ne sommes-nous pas dans un masque fait d'une histoire passée ? D'un rôle professionnel ? Sans distanciation possible, nous sommes dispersés et en dehors de l'attention. Lors de prise de droguues, le moi central peut disparaître et les égos peuvent réveiller des états régressifs.

 

Certains égos sont particulièrement sombres (5%), d'autres favorables pour nous (5% aussi), le reste sera composé de 90% d'égos qui gèrent la vie quotidienne d'une façon mécanique (se laver les dents, faire les courses dans un supermarché...)

 

Plus on a d'égos, moins on a de conscience, plus on a de peurs. Travailler pour améliorer la situation est difficile, parce que travailler sur soi est difficile. D'autre part, la raison est impuissante sur les égos. Les inerties générées par les égos sont puissantes. Il est cependant possible d'agir. La seule possibilité est d'augmenter notre champ de conscience. Notre conscience peut déconstruire les égos.

 

 

Les égos sont à la fois des contenants et des contenus. Les contenants sont à priori présents chez chacun. Nous sommes responsables de ce que nous mettons dans ces contenus. Selon nos expériences passées, nous sommes capables d'augmenter notre conscience et d'unifier notre moi. En déconstruisant nos égos, nous gardons les contenus dans une conscience élargie. C'est un travail de fond, conflictuel. Une vigilance est nécessaire, une densité intérieure.

 

Dans une journée, quand une faille apparaît, il est nécessaire de se recentrer afin d'éviter "un train d'égos", c'est à dire des événements en chaîne qui se poursuivent par une sorte de pollution d'un moment désagréable sur le reste de la journée. Au moment où l'égo s'exprime, il faut agir dessus (c'est la main qui tape l'autre qui attrape le paquet de bonbons). La question n'est pas "est-ce bien ou mal ?" mais "en ai-je conscience ?" S'il est nécessaire de haïr, autant le faire en pleine conscience !

 

Quand on veut quelque chose, est-ce bien nous ou un égo qui a pris le contrôle ? L'auto-observation est le moyen de prendre conscience des mécanismes psychisues qui sont en nous. Le travail sur les égos peut améliorer l'unité intérieure.

 

 

On peut lire aussi :

Docteur Jeckill et Mister Hide de Stevenson

Un homme coupé en tranches de Vercors

Mes démons d'Edgar Morin

L'analyse transactionelle découverte par Eric Berne (théorie sur les états du moi)

 

L'affaire des ballons

Publié le par arille

Certaines situations me donnent l'impression d'être dans un film. Comme dans l'affaire des ballons.
 

La rue où j'habite est parallèle à une grande rue qui s'appelle, selon les fantaisies, route de Paris ou avenue des Etats-Unis. Toujours est-il que  de nombreux concessionnaires de voitures y sont concentrés. Ils essaient d'attirer l'attention de toutes les façons possibles, comme de mettre des ballons géants flottants au vent, ou des drapeaux, ou autres objets censés nous remplir de joie et d'allégresse quand on les voit. 

 

A deux pas de là, le terrain vague d'à côté de chez moi a été transformé sur un de ses côtés en bidonville, assez coquet d'ailleurs, fait en portes d'armoires, matelats et tapis de récupération. Les portes des armoires sont disposées avec leur miroir à l'extérieur, ce qui est du plus bel effet.

 

Un soir depuis le balcon de ma cuisine, nous vîmes les grands ballons flotter au-dessus du terrain vague. J'entendais des cris d'enfants et les ballons semblaient avancer et reculer comme si des enfants courraient en tenant la ficelle. Les ballons avaient dû être "empruntés", mais le plus drôle était que ce n'était pas discret... De temps en temps, un ballon s'envolait dans le ciel. Le lendemain matin, les ballons avaient disparu. J'imaginais la tête des vendeurs ; mais où sont les ballons ? Ou peut-être n'allaient-ils se rendre compte de rien ? 

 

La psychogéographie de mon quartier change à toute allure. Est-ce une farce ou bien un nouvel équilibre ? Quel sens ont des ballons pour vendre des voitures ? Un ballon pour un enfant, cela semble meilleur. A suivre...

Quelles différences?

Publié le par arille

A l'occasion de la fête des femmes, j'ai pu rencontrer des êtres particulièrement passionnants à la maison de la philosophie à Toulouse, comme Françoise Mariotti, qui anime à Montpellier des cafés du genre.

 

Plafond de verre, plancher collant, voilà des images qui désignent bien les freins à l'évolution des femmes dans leur vie professionnelle. Les stéréotypes fonctionnent comme des prophéties auto-réalisatrices. Si dans la société on considère que les femmes auront plus de difficultés dans les études scientifiques, les filles développeront une anxiété plus grande lorsqu'elles rencontreront des échecs. Elles les interpréteront alors comme  la confirmation qu'elles ne sont pas assez fortes pour réussir, tandis que les garçons penseront juste que ces exercices sont trop difficiles. L'éducation des filles, dans notre pays, a toujours été orientée vers une fonction... de bonne mère de famille, par exemple. Pour un Condorcet qui souhaitait une éducation identique pour les filles et les garçons, combien de Napoléon ? 

 

Et lorsque le programme est identique, on rajoute toujours quelques heures de couture. La chimie étant très utile, comme on sait, pour le pot au feu. J'ai moi-même, dans les années soixante-dix, eu des cours de travaux manuels. Couture pour les filles, travail sur le fer forgé pour les garçons. Avec mon amie Marianne, nous exigeâmes d'être avec les garçons, ce qui était plus passionnant à plus d'un titre. 

 

A titre personnel, j'ai réalisé une étude sur les salaires de la boite où je travaille. Sur quelques centaines de personnes, il est facile de comparer les salaires moyens. Résultats ? 400 € d'écart par mois en faveur des hommes. Mais quand j'ai évoqué cette question au café, devant mes collègues, femmes pour la plupart, aucune ne s'est émue. Je pense que le vrai scandale est là. Que l'injustice ne soit même pas perçue. On m'a rétorqué que les fonkionnaires avaient autant de chance de progresser puisque les grilles de salaire étaient les mêmes. Resterait à déterminer dans quelle mesure ces courbes différentes de carrière sont dues à des choix réellement libres ; disponibilité, travail à temps partiel... Et pourquoi c'est dans la grande majorité les femmes qui sacrifient leur carrière. 

 

Nous n'avons pas toujours raisonné avec cette dichotomie idiote reprise à gogo par des livres populaires du type les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars... On voyait plutôt les personnes positionnées sur une échelle allant de très mâle à très femelle. Cela simplifierait la vie à des hommes qui ne veulent pas systématiquement se conformer au modèle le plus viril. Dans certains pays, on ne fait pas systématiquement référence aux règles chez les jeunes filles dès qu'elles ont un pet de travers. Même chose pour la ménopause. D'où cette tendance pénible à énoncer à chaque fois les différences biologiques pour justifier le fait que les femmes ne peuvent pas accéder à tel ou tel métier. Or un fait important est souvent masqué : il y a souvent plus de différences entre une femme et une autre qu'entre un homme et une femme en terme de possibilités, intelligence, potentialité ! La seule vraie différence biologique qui tienne, c'est la maternité. C'est la seule variable à prendre en compte, et non pour dire que les femmes ne peuvent pas tenir tel ou tel poste. Mais pour trouver des solutions pour permettre aux femmes d'avoir à la fois des enfants et un métier important. 

 

Les hommes n'ont pas non plus un rôle facile. Le plus souvent, la société compte sur eux pour assurer dans de nombreux domaines. Ils n'ont droit à aucun faux pas. Dans certaines situations, ils subissent le poids des préjugés de façon injuste. Dans un cas de harcèlement sexuel, qui croira-t-on plus facilement ? Une femme harcelé par un homme, ou l'inverse ?

 

Pour creuser la question : 

La fabrique du sexe de Thomas Laqueur

Masculin/Féminin, la pensée de la différence de Françoise Héritier

Les femmes savantes de Molière

Etat sauvage de Isabelle Sorrente


 

 


 


 

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>