Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 22:36

Samedi je me promenais dans ma ville. J'essayais d'avancer sans faire tomber le paquet de délicieux gâteaux que je portais comme un trésor. Je me faisais souvent bousculer tant il y avait de monde. 

 

Je vis alors une boutique nouvelle qui me stoppa dans mon élan. C'est souvent là que je me dis que je me fais vieille, quand il me semble que les boutiques naissent de plus en plus vite, d'un jour à l'autre semble-t-il.

 

La vitrine entièrement nue laissait voir des fauteuils en forme d'oeuf dans lesquels était confortablement installée une rangée de personnes. Il montait de leur pied à leur bouche en passant par leur ventre un tuyau gris comme on peut en voir dans les baignoires pour tenir le pommeau de douche. Ce tuyau se terminait dans la bouche de chacun de ces malheureux qui en mordait le bout. Une lumière ultrableue sortait de leur bouche. Stupéfaite, mon paquet de gâteaux en équilibre sur ma main, je regardais longtemps le spectacle irréel de cette tangée de mordeurs de lumières bleues. Comme des poussins géants humains, chacun dans son oeuf, ils attendaient d'éclore à une vie meilleure, plus glamour, plus prometteuse de succès et de bonheurs. Tout allait changer, c'était sûr car dès leur sortie de l'oeuf, ils auraient tous les dents aussi blanches que s'ils les avaient peintes au blanco.

 

Je me suis dit alors que je me sentais vieille, trop vieille pour ça et cette pensée m'a étrangement réconfortée.

 


Par arille - Publié dans : ESPIONNER LES HOMMES
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 17:56

Mon jeune fils me raconte l’histoire suivante : au Japon une expérience a été tentée. Un violoniste virtuose a été engagé pour jouer dans le métro. C’était un homme qui se produisait habituellement sur les plus belles scènes et qui était considéré comme un des meilleurs artistes au monde. Mais là, sur le quai du métro, il a joué toute la journée et des milliers de gens sont passés près de lui sans remarquer quoi que ce soit, comme aveugles à la beauté d’un quotidien pourtant proche d’eux.

 

On ne remarque pas la beauté du quotidien, a dit mon fils. Et moi j’ai pensé : on ne remarque pas assez la sagesse des jeunes.

Par arille - Publié dans : Education des parents
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 19:29

Lundi je mangeais chez les frérots, c'est comme ça que je les appelle. Ce sont deux frères qui proposent de manger en pleine rue des papillottes délicieuses avec des petits légumes, du poulet ou du poisson, bref un régal. en plus les garçons sont adorables, ils me tutoient et m'offrent des cafés. Et leurs clients sont aussi très sympas.

Alors que je dégustais ma papillotte, une femme brune que je connais de vue prenait son café. La connaissance même de visu crée des rapprochements. Alors que je refusais un dessert, elle me dit sur un ton confidentiel que depuis la "mère de Paul", elle avait maigri. Que sa peau devenait plus fine et moins souple, qu'elle était plus facilement fatiguée, etc... Les gens quand ils me voient ont tendance à me prendre pour une infirmière ou une psychologue, cela doit tenir à la forme de mon visage ou à mon expression inquiète ou je ne sais quoi. Alors que je compatissais, notre dialogue devînt clairement absurde. Petit à petit, à l'énoncé des symptômes évoqués, je me mis à comprendre qu'elle n'avait pas perdu un être cher mais qu'elle parlait de sa ménopause. C'est un sujet inépuisable on dirait. 

Elle semblait attendre que je développe à mon tour la litanie des ours qui fichent le camp, pauvres Pyrénées. J'aurais pu inventer bien des signes et des malaises, mes collègues me fournissent régulièrement de nombreux détails. Pourtant, incapable de nourrir sa curiosité, j'avalai mon café cul sec puis dégageai le plateau. 

J'ai encore bien des progrès à faire dans l'échange de paroles autour de ces thèmes féminins et je dois vaincre bien des terreurs. Dois-je vraiment m'y intéresser ? Rien ne m'intéresse moins. A se demander si je ne suis pas d'une autre planète.

Par arille - Publié dans : Femmes femmes femmes
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 20:01

Un lecteur me demande : « Que fais-tu lorsque ton chien a un poil blanc sur sa tache noire et que fais-tu lorsqu’il a un poil noir sur son pelage blanc ? J’attends une réponse circonstanciée. »

 

Ce lecteur mérite une réponse, c’est peut-être un enfant ou un être d’une grande curiosité (!!!).

 

Tout d’abord, cher lecteur, je reconnais ta perspicacité. Mon chien a en effet des poils blancs sur ses taches noires et inversement, ce qui le distingue des zèbres.

 

D’autre part, cela dépend si le poil blanc sur la tache noire est « attaché » ou non. S’il n’est pas attaché je ne fais RIEN. Il finira par tomber. On ne tire pas sur une ambulance. Je ne vais pas commencer à épiler mon chien, du reste, la relecture de la fable de La Fontaine l’homme entre deux âges et ses deux maîtresses s’impose à ce stade, surtout si on n’aime pas les chiens sans poils. Dans le cas où le poil blanc sur la tache noire ou inversement est « attaché », je ne fais rien. Ce poil tient, il est vivant, il a le droit d’exister. Dieu l’a créé. J’ai assez de mal avec mes propres poils, sans parler de ceux de mon mari.

 

D’ailleurs où est le problème ? Jamais je n’ai entendu parler avant cette question de guettos pour poils. Si j’avais été une obsessionnelle de l’unicolore, j’eusse choisi un autre chien, entièrement blanc de façon à ce que même en vieillissant il garde son pelage à l’identique. Car entièrement noir, et on en voit, la barbichette avec le temps blanchit.

 

On pourrait aussi peindre le chien, ce qui serait une saine occupation, sans doute. Toutefois je répugne à de tels subterfuges. Ma conception du chien, et je me distingue en cela de Paris Hilton, est une conception primesautière. Pour moi, le chien peut puer, péter, aboyer modérément, détruire quelques babioles. Il n’a pas vocation à enchanter les sens. Son potentiel esthétique peut se borner à un corps souple et élastique et deux bons gros yeux marron frangés de cils blancs.

 

Voilà pourquoi cher lecteur, je ne fais rien.

 

 

 

Par arille - Publié dans : BESTIAIRE
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 16:28

 

Le plus long à l'accordéon diatonique n'est pas d'apprendre à jouer, c'est de quitter cet air inquiet à l'idée de faire des fausses notes. Cela prend quelques années.

 

Regardez le chien...

Par arille - Publié dans : musique
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 22:19

madame.JPGmonsieur.JPGnoir.JPGchien-photographe.JPGimmeuble-copie-1.JPGpseudo-okapi.JPGstationnement.JPG

Par arille - Publié dans : vagabondage
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 22:16

Agen ne ressemble à rien. La preuve, Agen a des rues piétonnes, des cafés, des murs, des jardins, des bouteilles de bière entamées abandonnées sur les murets, comme partout en France.

 

Agen ne ressemble à rien. Agen a un jardin avec une statue d'Okapi qui ressemble à un cerf. L'artiste n'a jamais dû aller en Afrique, ni visiter un zoo, ni regarder un dictionnaire, une encyclopédie ou un livre pour enfants. Les pancartes et les panneaux lisibles à Agen sont étranges. On hésite : faut-il rire ou réfléchir ? Exemple : "Deux immeubles menacent", "Stationnement autorisé du 1er au 31 du mois", "Interdiction de consommer des boissons alcooliques", "Ici gravure ici gravure ici gravure"...

 

Agen ne ressemble à rien. Le dimanche les gens promènent leur chien, disent bonjour et bonne année et vont boire des thés, des cafés et des chocolats chauds. Sur les murs, on devine des tags effacés à la texture en bas relief un peu molle comme dans toutes les villes qui ont des murs.

 

Agen ne ressemble à rien. Des voyous se promènent parfois avec des hâchettes ou mettent de la musique trop fort. Il y a des gens malades, des gens très vieux abandonnés de leur famille et des petites amies qui partent avec l'argent. Il y a des bénévoles. Une piscine. Un kiosque. Des galeries Lafayette. Des boutiques de décoration et d'ongles postiches, des réflexologues, des pédologues.

 

Sur le chemin du retour, on voit des vignes soigneusement alignées avec des petits plastiques au dessus et des serres allumées qui ressemblent à des salons de plain air pour des okapis d'opérette qui inviteraient des pèlerins déguisés en chats bottés.

 

Par arille - Publié dans : vagabondage
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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 20:50

A deux pas de la place Saint-Gorges, rue Saint-Antoine du T, une droguerie se tient là. Elle ne figure pas dans les annuaires cependant, comme en sursis parmi les boutiques de luxes du coin, coincée entre les bijouteries, la lingerie fine, le beau linge. Elle est si exotique dans ce décor somptueux qu’on a eu l’idée d’en faire des cartes postales qui se vendent.

 

J’entre avec un projet précis en tête. J’ai besoin d’une brosse pour enlever les poils de mon chien blanc de mon manteau noir. Il est bien sûr exclu que je rendre « pour voir » ou « au hasard ». On entre dans les boutiques à gueules avec une idée précise, c’est plus prudent, on pourrait sinon se faire rembarrer trop vite. J’ai donc prévu le coup. J’ai un manteau noir, j’ai un chien blanc, mon chien blanc adore sauter et rebondir sur moi, mais je préfèrerais garder à mon manteau noir sa couleur d’origine.

 

J’entre donc, après avoir admiré les rats en plastique de la vitrine et les bouillottes orange. J’expose le problème après avoir dit bonjour. Le jeune homme poli m’écoute puis timidement, il me demande si je préfère les rouleaux qui collent ou les brosses qui brossent. Je lui réponds du tac au tac que j’ai essayé le rouleau qui colle et que cela n’a pas très bien marché. Il hoche la tête, à moitié convaincu, doutant de l’efficacité de la brosse qui brosse dans mon cas, presque désespéré. C’est alors que surgit vivement une femme d’un certain âge, petite et dans un grand dynamisme, comme un personnage de la comédia del’Arte, sauf qu’elle ne fait aucune révérence mais entre directement dans le vif du sujet, preuve qu’elle écoutait la conversation derrière les coulisses. Je réitère ma demande car elle semble animée d’une réelle bonne volonté. En même temps je suis un peu désolée pour le jeune homme qui est définitivement out, nié en tant que force de proposition, réduit en un instant à l’état de figurant, aussi utile que les plumeaux qui l’entourent.

 

Aussitôt la dame sait ce qu’il me faut. C’est une brosse en soie, un article de qualité avec un petit rond en métal doré pour l’accrocher au mur si on veut. Je pense que la dame m’a ciblée, elle a vu que j’étais une personne de qualité et qu’il me fallait un article du même acabit. Tout en me parlant la dame envoie une chiquenaude sur les fesses du jeune homme qui se retourne à ce moment-là, si bien que le geste devient obscène en plus d’être humiliant. Je fais la dame de qualité qui n’a rien vu. Exit le jeune homme. On reste entre femmes, entre professionnelles de l’obsession hygéniste. Pas de poil blanc sur un manteau noir.

 

La brosse en soie (ou bien est-ce une brosse en soies ?) est en bois marron vernis, les poils sont doux et noirs. Elle coûte 8,20€, un article de qualité effectivement. La dame me l’a glissée dans un petit sac et j’ai payé sans broncher. Arrivée chez moi, je l’ai posée et mon chien qui est fou des brosses, de la brosse à dents à la brosse de WC en passant par les brosses à cheveux, s’est montré très intéressé par cet article de qualité. C’est normal, c’est un chien de qualité qui a aussi de la gueule.

 


Par arille - Publié dans : Toulouse
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 19:37

J’aime les boutiques à gueules. Les magasins, restaurants, estaminets, cordonniers, faiseurs de tampons, quincailleries, boulangeries pâtisseries exposeurs de meringues ficeleurs de sandwichs, dealer de laine de prix, dérouleurs de tissus rares, pourvoyeurs de cigares, cigarettes, cartes à gratter, feuilles de Loto avec le stylo attaché à une méchante ficelle.

 

J’aime la morgue du boutiquier qui vous reçoit avec le dédain de celui qui sait. La tricoteuse moqueuse qui vous regarde hésiter devant ses milliers de pelotes. Hé bé ! Vous ne trouvez pas ce qu’il vous faut ! Le cuisinier sûr de lui au point de se moquer de son propre talent : Je viens d’ouvrir la boite de conserve, c’est du frais ! Alors qu’il choisit avec un soin jaloux ses fournisseurs et ses ingrédients. J’aime le spectacle de la droguiste qui engueule presque la cliente qui ne sait pas la pauvrette, que le produit qu’elle demande est bien moins efficace et plus cher que le bon gros savon cubique aligné là comme un trésor d’odeurs.

 

Mon goût pour ces officines à grincheux frise le masochisme. Il m’est incompréhensible à moi-même, qui apprécie la gentillesse chez les humains (et non humains d’ailleurs). Cependant j’ai mes limites. Bourru oui, méchant ou con, non. Le pépé grincheux de mon quartier, chez qui j’aimais prendre du temps à choisir mon magazine, a fini par me faire fuir à force de pousser force soupirs, à pianoter sur sa tablette et à me regarder comme si j’allais partir avec trois magazines sous le manteau. C’était surjoué, il en faisait trop. Un jour ou l’autre on en serait venu aux insultes. D’autant que ce salopard m’a fait mentir plusieurs fois. Amenant à plusieurs reprises des amis dans son magasin afin qu’ils puissent constater à quel point le patron était désagréable, celui-ci m’a fichu une bonne honte en se présentant comme le gentil papetier qu’il n’était jamais avec moi ! Et pour ces messieursdames ?

 

Je ne garderai donc pas que pour moi ces trésors de ronchons. Je vous indiquerai l’adresse, le plan, tout. Vous saurez où aller si un jour, vous avec envie de voir des gueules, des vraies, et pas des figures de papier sans épaisseur humaine qui se contentent trois fois dans le repas de vous rabâcher sans écouter votre réponse Ça s’est passé comment ?(répondez on verra ça plus tard).

 

A bientôt donc pour la première boutique à gueules.

Par arille - Publié dans : Toulouse
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 23:12

titanic.JPG

Pour le premier de l'an j'ai lutté contre un saumon géant que j'ai trouvé bien plus gros dans ma cuisine que dans le congélateur du centre commercial. Pour le cuire j'ai d'ailleurs dû emprunter une casserole en forme de paquebot et au moment de sortir le poisson avec la grille, le poisson géant a replongé dans le bouillon en faisant un tsunami. 

Et ça, c'était le premier jour de l'année.

Par arille - Publié dans : salade de la mer
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